29 plongées sur ces épaves catalanes cette saison, le nombre est équivalent à celui des années
précédentes. La hiérarchie des fréquentations est également inchangée : le Bananier est toujours celle que je visite le plus, puis le Saumur, l’Astrée et le Saint Lucien. Bien que d’époque
et d’histoire navale assez comparables pour les 4 premières, chacune a ses spécificités : armement imposant, mât et couverture de corynactis pour l’Alice Robert, hélice de secours,
mitrailleuse et « propreté générale » du Saumur, alcyons sur la coque et jeux de lumière dans les coursives de l’astrée, énorme hélice et poupe aux formes bien préservées du Saint
Lucien. Quant au Pytheas, le seul vapeur, sa faible profondeur le rend accessible aux débutants.
D’année en année, on suit l’évolution des sites. Une ancre du Pytheas s’est « évaporée ». Le
Saumur semble celui qui a subi le plus de dégâts avec l’écroulement de parties de son château. Le Bananier a « perdu » son étau et il a eu son lot annuel de filets. Mais malgré tout,
son mât résiste encore. Je n’irai plus le voir cette année et j’espère le retrouver encore dressé la saison prochaine…
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Chroniques.
Le bois se décompose. Les tôles rouillent, s’écroulent et disparaissent peu à peu. Sous l’action des éléments, l’épave s’affaisse, se démembre et perd sa silhouette de bateau. Souvent, la
chaudière est l’élément qui persiste le plus longtemps. D’aspect massif, ce bloc pourtant évidé et plein de tubulures résiste. Parfois congre ou murène à l’intérieur, gorgones et nombreux
nudibranches à l’extérieur, la chaudière du Pytheas mérite une observation minutieuse.
Fourneaux, wc, baignoire, lavabo… Ces objets n’évoquent pas en premier lieu des images de situations maritimes. Pourtant, lors de la visite des épaves, ils font souvent partie de notre promenade.
Ils rappellent la vie à bord. Ils nous ramènent à la conscience que cette épave délabrée a été en activité et animée, que des hommes ont vécu là où nous déambulons. Visiteurs d’un univers
fabriqué devenu récifal, nous recherchons les indices tangibles de sa vie antérieure…
Le brouillard n’est pas très épais, il suffit à plonger l’épave dans cette ambiance cotonneuse lumineuse. A l’intérieur de l’épave, les montants encore debout semblent être des étais qui
soutiennent un plafond en partie effondré. Structure sur pilotis rongés, le château s’écroule, plaque par plaque. Ne rien toucher, ne rien frotter, ne pas soulever la vase, ne pas accrocher un
flexible, ne pas cogner un montant…
Ambiance cotonneuse lumineuse d’un univers fragile aux volumes imposants d’une trompeuse solidité…
La visi est réduite. Les éléments se montrent pleinement lorsqu’on les croise à moins de 2 m. Dans cette ambiance fantomatique, des silhouettes apparaissent en ombre chinoise, déformées par
l’encroûtement, telle cette fourche aux boursouflures de fils et d’organismes fixés dont il faut deviner la fonction première.
Plus loin, la lumière du phare révèle la palette des couleurs rouge et ocre de la corrosion. Les espaces vides où étaient des hublots sont des trous noirs donnant sur un intérieur à peine plus
sombre que l’extérieur. Ici, presque pas d’encroûtement : la vie ne s’est développée qu’en une couche mince sur la tôle aux caractéristiques chimiques et à l’exposition peut-être peu
favorables à la colonisation de plus gros organismes. Toutes les parties de ce récif artificiel ne sont pas également propices à la colonisation.
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