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billet faunistique

Samedi 18 février 2012 6 18 /02 /Fév /2012 10:01

 

Certains n’aiment pas trop les bêtes à tentacules et ventouses. D’autres se demandent comment les préparer (planxa ? sauce tomate ?). Les céphalopodes divisent. Ils posent aussi parfois des problèmes au plongeur qui se trouve face à ces animaux étranges : comment ne pas les confondre ? Le poulpe, c’est facile. Mais entre calmar et seiche, le doute parfois s’installe dans le silence hésitant du plongeur de retour sur le bateau. Pourtant, il suffit de regarder si la nageoire est composée de 2 triangles latéraux (calmar) ou si elle fait le tour de l’animal en un unique ruban ondulant (seiche).

 

seiche 2

 

La seiche est un animal curieux à bien des titres. C’est un céphalopode à 10 tentacules (8 « courts » et 2 plus longs) connu depuis des lustres pour son encre qu’elle largue en un nuage noir lorsqu’elle a envie de se carapater. Cette encre a eu des applications aussi diverses que le dessin, la peinture ou la cuisine. Dans ce dernier cas, il faut aimer manger des aliments colorés en noir. C’est la mélanine qui donne cette teinte. Dans le cas de la seiche, bien qu’elle aime se poser sur le sable, la mélanine n’est donc probablement pas utilisée en priorité pour se protéger des UV.

 

seiche 3

seiche 4

 

La seiche peut à loisir se fondre dans le paysage ou se parer de couleurs chatoyantes. Celui qui n’a jamais vu un ventre de seiche clignoter blanc et vert fluo rate quelque chose. Disons qu’elle sait montrer ses émotions. Le reste du temps, alors qu’elle chasse, son camouflage adaptable à son environnement proche est excellent. Enfin, en général…

 

seiche 0

seiche 1

 

Comme les poulpes et calmars, la seiche a un œil complexe permettant une bonne vision. La forme de la pupille est différente de celle des poulpes et des calmars.

 

seiche 5

 

Ces atouts (homochromie, regard, tentacules à ventouses) font d’elle un prédateur redoutable qui va chasser des crustacés, des poissons et même d’autres seiches, sans se demander comment les accommoder (planxa ? sauce tomate ?).

 

En sa qualité de mollusque, elle a une forme de coquille interne plus connue sous le nom d’os de seiche. Cet élément de carbonate de calcium (on va dire calcaire) est souvent retrouvé sur la grève, ce qui peut être utile aux animaux de compagnie à qui l’on peut en rapporter pour qu’ils le grignotent afin améliorer les apports en calcium et autres sels minéraux.

Après s’être reproduits, les adultes meurent à l’age de 1 à 2 ans. La ponte de la seiche est différente de celle des calmars et poulpes. Elle se compose de grappes de quelques centaines d’œufs en forme de raisins noirs.

 

seiche 6

 

Beaucoup moins fréquente que le poulpe lors de nos plongées catalanes, elle subit aussi la pression de la pêche. Pourtant, à la planxa ou en sauce, ça reste du céphalopode caoutchouteux… Et les ventouses, beurk ! Je dis ça pour ceux qui auraient encore envie de boulotter ce petit animal étrange aux couleurs parfois chatoyantes…

 

Par Homo palmus - Publié dans : billet faunistique
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Samedi 3 septembre 2011 6 03 /09 /Sep /2011 10:06

C’était il y a un mois, jour pour jour, en milieu d’après-midi. Rien ne le laissait supposer la veille encore. Le phénomène n’était pas observable au même moment sur un autre site à quelques milles. C’était aussi localisé en profondeur, jusqu’à une douzaine de mètres de fond.

Lors du premier tour de l’après-midi, nous avons vu que les holothuries tubuleuses Holothuria tubulosa adoptaient une position verticale avec plus ou moins de difficulté pour la maintenir, ballotant lentement comme sous l’influence d’un charmeur de serpents.

reproduction holothurie

 

Lors du second tour, à peine ai-je eu le temps d’écrire sur ma plaquette ce qui se passait (difficile à expliquer par gestes) que les plongeurs m’accompagnant ont pu suivre en direct le largage en pleine eau des gamètes.

reproduction holothurie 1

 

A plusieurs reprises, l’holothurie a lâché ses gamètes en fines émissions blanches qui se sont diluées dans l’eau de mer.

reproduction holothurie 2

 

Ainsi en est-il de la reproduction de l’holothurie, que j’avais déjà évoquée parmi d’autres l’an dernier (voir C’est la Nature ). C’était ce jour-là, ce moment-là, à cet endroit-là, une brève tranche de vie aquatique estivale.

Par Homo palmus - Publié dans : billet faunistique
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Samedi 25 juin 2011 6 25 /06 /Juin /2011 14:30

Il y a la réserve de Banyuls où les mérous bruns ont en théorie une vie assez paisible. Il y a les hippocampes que l’on observe sur quelques sites ces dernières saisons. Dans l’esprit de tout bon plongeur, ces espèces sont emblématiques et protégées. Elles ne sont pas les seules que nous pouvons rencontrer et la liste des espèces ainsi que la notion de « protection » peuvent être imprécises.

Il y a quelques semaines, lors d’une explo tranquille de fin de week-end, j’ai eu le plaisir de voir ça :

 

grande cigale et corail rouge

 

Côte à côte, une grande cigale et du corail rouge, 2 espèces protégées.

J’ai déjà parlé du corail rouge Corallium rubrum (voir Corail rouge ). Cet animal qui a été abondamment récolté, pour ne pas dire surexploité, attise encore bien des convoitises. Protégé, il est pourtant encore l’objet de récoltes autorisées. On pourrait s’en étonner, non ?

 

corail rouge

 

La grande cigale Scyllarides latus a également été fortement pêchée pour sa chair soi-disant délicate. Elle est aussi protégée, mais peut également être exploitée selon les endroits et sous certaines conditions. Autre contradiction ?

 

grande cigale

 

Ces 2 espèces figurent dans l’annexe III de la convention de Berne et de la convention de Barcelone. Malgré la répulsion naturelle que peuvent provoquer ces textes de loi indigestes, il n’est pas totalement inintéressant d’y jeter un œil pour savoir de quoi on parle.

 

La convention de Berne (texte intégral : link) : Convention relative à la conservation de la vie sauvage et du milieu naturel de l’Europe.

Ce qui pourra intéresser le plongeur dans ce pavé, ce sont les annexes : l’annexe II listant les « Espèces de faune strictement protégées » et l’annexe III listant les « Espèces de faune protégées ». C’est dans cette dernière qu’avaient été inscrits le corail rouge et la grande cigale à l’époque. Il faut noter qu’«En vertu de l'article 7, les espèces de faune énumérées à l'annexe III doivent être protégées, mais une certaine exploitation est possible si le niveau de la population le permet. » Je laisse chacun juger de la marge de manœuvre que le texte autorise.

A titre d’anecdote, l’annexe IV indique les « Moyens et méthodes de mise à mort, de capture et autres formes d'exploitation interdits » et que cela concerne les mammifères, les oiseaux, les écrevisses et les poissons d’eau douce (le reste de la faune n’est donc pas concerné…). On peut y lire que l’usage des explosifs est interdit « excepté pour la chasse aux baleines ». Je rappelle qu’on est dans un texte de protection de la faune…

 

La convention de Barcelone ( link et link ) : Convention de Barcelone pour la protection de la Méditerranée.

« La convention de Barcelone de 1976, amendée en 1995, et les protocoles élaborés dans le cadre de cette convention visent à protéger l’environnement marin et côtier de la Méditerranée tout en encourageant des plans régionaux et nationaux contribuant au développement durable. »

(link )

 

On retrouve des annexes II « liste des espèces en danger ou menacées » et III « liste des espèces dont l’exploitation est réglementée » où figurent à nouveau le corail rouge et la grande cigale.

 

Alors, tout ce laïus pour quelle raison ? Je laisse aux juristes passionnés le loisir de tout éplucher, de trouver les multiples textes de modification, les variantes selon les pays signataires (chacun ayant eu envie d’avoir ses propres dérogations). Je pense qu’il est intéressant de consulter les listes afin de prendre connaissance des espèces qui peuvent nous paraître parfois très banales, sur lesquelles on ne s’arrête pas forcément en plongée (éponges, cnidaires, échinodermes…) et qui pourtant sont à protéger. Cette protection passe par la connaissance de ces espèces, puis par le comportement de chacun sous l’eau, sur les rochers, à marée basse, à la pêche, dans le commerce…

Par Homo palmus - Publié dans : billet faunistique
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Mardi 12 avril 2011 2 12 /04 /Avr /2011 00:58

 

Nous les croisons durant les paliers. Souvent de petite taille, translucides, mélangés aux particules planctoniques, il faut être attentif pour les observer et très délicat pour ne pas les détruire au moindre geste incontrôlé. Car ces étranges organismes pouvant évoquer des créatures de science-fiction sont extrêmement fragiles. La transparence de ces animaux, leur finesse et leurs mouvements parmi le plancton dont ils se nourrissent sont autant de difficultés pour obtenir des photos acceptables.

 

Un fin ruban transparent ondule sous la surface. La ceinture de Vénus, Cestus veneris, a de quoi interpeller le plongeur. Un animal, ça ? Où sont les organes ? Difficile de trouver des repères anatomiques classiques chez les Cténophores, ces organismes qui piègent leurs proies planctoniques à l’aide de cellules collantes et de mucus.

Cestus veneris

 

Les bordures du ruban portent des rangées de cils permettant la nage. Au centre, une sorte de fuseau plus dense est bien visible. C’est là que se situe la bouche et 2 fins tentacules qui piègent les proies et les conduisent jusqu’à l’orifice buccal.

La ceinture de Vénus peut mesurer jusqu’à 1,5 m pour une épaisseur d’1 cm et se rencontre dans les mers et océans tempérés et tropicaux.

 

Dans la catégorie « créature de science-fiction », Leucothea multicornis est bien placée. Ce Cténophore de 15 à 25 cm a la morphologie d’un ballon de rugby portant 2 paires de tentacules et 2 grands lobes.

Leucothea multicornis

 

Il pêche à la fois à la traîne avec ses tentacules munis de colloblastes (cellules collantes) et au filet grâce à ses 2 lobes enduits de mucus qu’il peut agiter pendant sa nage lente pour récolter un maximum de plancton.

L’animal est recouvert de papilles qui pourraient avoir un rôle sensoriel.

Leucothea multicornis 1

 

Comme les autres Cténophores, le corps est bordé de 8 rangées de peignes formés de cils vibratiles qui assurent la mobilité.

Leucothea multicornis 2

 

Autre organisme planctonique étrange, Forskalia edwardsii n’a pourtant rien à voir avec les 2 espèces précédentes. Ce Cnidaire, proche parent des méduses, est en fait une colonie pouvant mesurer plusieurs mètres de long. Chaque individu comporte des polypes spécialisés (reproduction, alimentation).

Forskalia edwardsii

 

Comme pour les autres Cnidaires, qui s’y frotte s’y pique ! Ces colonies sont urticantes, donc il vaut mieux les laisser passer comme les autres méduses en évitant les filaments pêcheurs.

Forskalia edwardsii 1

 

Cnidaires pêchant au harpon venimeux et Cténophores pêchant à la glu, Dame Nature a inventé 2 systèmes pour réaliser la même fonction chez des animaux partageant le même écosystème et se nourrissant d’organismes planctoniques. Bien que phylogénétiquement répartis dans 2 phyla, ils sont néanmoins apparentés dans la grande classification des êtres vivants. Quant au plongeur, à lui de savoir faire la différence entre celui qui pique et celui qui casse au moindre geste malheureux, tout en profitant de la grâce de ces curieux visiteurs pendant des paliers.

Par Homo palmus - Publié dans : billet faunistique
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Samedi 12 février 2011 6 12 /02 /Fév /2011 01:12

 

Les astrologues chinois ont manqué d’imagination, ou de connaissances. Parmi tous leurs signes zodiacaux, pas le moindre mollusque ! Pour eux, l’année du tigre (sorte de gros chat sournois, traître et hypocrite, comme les autres félidés) a laissé la place à celle du lapin (lagomorphe pelucheux à la réputation sulfureuse : ça ne va pas améliorer la démographie chinoise…). Jaguar aztèque, lapin asiatique ou baobab africain, chaque peuplade de chaque coin du monde a ses croyances. Alors pourquoi pas les plongeurs du Roussillon ?

Là-bas aussi des choses changent selon des cycles mystérieux. Il y a eu le cycle des doris géants, celui des Mola mola et même celui de la visi sur épave (en général quand je ne suis pas là). Y a t-il eu un cycle des tylodines jaunes ?

tylodine 2

 

La tylodine jaune est une pov’bête à qui a été imposé un nom provoquant un risque de mauvaise interprétation chez tout piètre latiniste : Tylodina perversa. Qu’a t-elle donc de pervers ? Rien. Ça serait simplement une tentative de caractérisation d’un phénomène lors du développement de sa première coquille. Car selon les grandes « familles » de mollusques, la coquille se développe en tournant vers la droite ou vers la gauche. Chez la tylodine, c’est dans le mauvais sens, selon l’auteur du nom. Je pense qu’il n’était pas gaucher.

tylodine 3

 

J’avais déjà brièvement présenté cet animal dans l’article Nudibranches ? (4) . Bien que n’étant pas un nudibranche, je l’avais associé à cette liste en tant que petit mollusque habitué à ramper sur son plateau-repas, comme les éolidiens ou les doridiens. Et puis après tout, c’est un très proche parent, car s’il n’a pas les branchies « à nu », elles sont néanmoins « à l’arrière du cœur ». Voilà comment on évite de dire que les Nudibranchia forment comme les Notaspidea, qui incluent la famille Tylodinidae, un ordre des Opisthobranchia. La tylodine jaune a d’ailleurs une spécificité côté branchie : l’organe est unique, en forme de plume et placé du côté droit de l’animal.

tylodine 6

 

Il paraît que la bête a les yeux noirs. Il faut déjà une belle macro sur la tête pour les observer. En principe, on voit une coquille relativement aplatie plus ou moins couverte d’algues. C’est ce qui permet la détection. Car pour le reste, la tylodine aime à se jouer des plongeurs-voyeurs en se colorant exactement comme son aliment quasi-exclusif, l’éponge jaune Aplysina aerophoba. Un article intéressant sur l’origine et la nature des pigments de cet animal est présenté sur la page de la tylodine jaune du sea slug forum (link). Ce pigment ainsi qu’un autre alcaloïde provenant d’une autre espèce d’Aplysina, A. cavernicola, sont stockés dans les tissus de l’animal, y compris avec les œufs. Ce sont vraisemblablement des répulsifs chimiques destinés à jouer le rôle de barrière défensive contre des prédateurs affamés. Ce détournement de substance n’est pas unique puisque certains nudibranches détournent à leur profit le système d’attaque des cnidaires qu’ils dévorent. A la base, les molécules produites par l’éponge pourraient être des antibactériens libérés lors de blessures pour éviter une infection par l’importante diversité microbienne vivant à la surface des différentes parties de l’éponge (qui abrite d’autres microorganismes symbiotiques dans ses tissus).

tylodine 5

 

La tylodine jaune laisse sur l’éponge jaune une marque jaune (sans grand M, mais d’un jaune plus clair). Donc, pour trouver la tylodine, il faut comme toujours chercher ce qu’elle mange, puis éventuellement les blessures et les coquilles plus ou moins recouvertes d’algues. Ce qui n’empêche pas de rencontrer parfois des individus en vadrouille à des dizaines de centimètres, voire des mètres, de tout aliment caoutchouteux en doigts de gant.

tylodine 1

tylodine 8

 

Il semble y avoir un débat sur la longévité de la tylodine jaune. Il est proposé qu’elle ne vive qu’une année et que les plus grands individus soient des rescapés de l’hiver. Il est également dit qu’avec l’âge (donc en semaines et mois), la coquille se couvre de plus en plus d’algues.

tylodine 4

tylodine 7

 

Je trouve cela un peu perturbant car la corrélation entre l’état de la coquille et la taille de l’individu n’est pas toujours évidente : petits individus à la coquille très colonisée, grands individus à la coquille presque propre et récente avec les rayures brunes bien nettes. Il y a quelque chose de pas clair dans cette histoire d’âge. Je soupçonne une absence de données scientifiques sérieuses (personne n’a dû faire de marquage de tylodine…). Le plus grand individu aurait été aperçu à Cerbère, donc loin de Marseille… Un rescapé de 2 hivers ?

 

Et cela me conduit à revenir à cette histoire de cycles. De l’hiver à l’automne, nous avons pu observer des individus de toutes tailles sans que ceux de février soient les seuls grands ou que ceux d’octobre soient tous grands. Mais, l’an dernier, la fin de saison a été très riche, exceptionnellement riche en tylodines jaunes. Durant certaines plongées, la fréquence de rencontre et les regroupements sur les éponges donnaient une impression de prolifération en nombre bien plus grand que les autres années. Combien passeront l’hiver ?

Par Homo palmus - Publié dans : billet faunistique
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