Partager l'article ! Statia, the Historic Gem (3) – Totem: Depuis la préhistoire en Europe aux croyances des derniers amérindiens, des îles du Pacifique à ...
Depuis la préhistoire en Europe aux croyances des derniers amérindiens, des îles du Pacifique à l’antique Troie, de la mythologie chinoise aux traditions de certains peuples d’Afrique, il est un animal qui incarne, peut-être depuis que l’Homme s’est mis à traduire ses pensées dans des expressions artistiques, le monde. Lui sont attribuées la sagesse et la longévité, puisque chacun de ses mouvements est mesuré dans une lenteur, apparente, que seule celle qui sait qu’elle vivra encore longtemps peut se permettre. Parfois, la superstition se traduit par une coutume qui peut faire sourire : il est un château tout près d’ici où l’on peut voir un berceau fait d’une carapace, le royal bébé dormant dedans devant donc avoir longue vie. Manifestement, un certain Ravaillac n’était pas superstitieux…
Juste en bas du mouillage fixe, une tortue imbriquée sort d’une anfractuosité du récif.
Réminiscences de millénaires de croyances animistes ou sensibilité titillée par les circonstances ? Pourquoi, lorsque je vois des tortues terrestres, ai-je l’impression de voir des dinosaures alors que les tortues marines m’attendrissent ? C’est ainsi qu’une d’entre elles, croisée le long d’un récif (voir Saba sous l’eau. ) a inspiré le dessin de mon tampon.
Une silhouette se découpe en ombre chinoise tout là-haut à la surface. Puis c’est la descente rectiligne parfaite.
J’ai pu en observer à plusieurs reprises en Mer Rouge, en Polynésie (voir les albums Huahine sous l’eau-suite et Rangiroa sous l’eau), à Saba (voir l’album Saba sous l’eau) et bien sûr à Statia. A chaque fois, c’est la même sensation de plaisir et de peur de déranger. J’ai des envies de mimétisme de poulpe pour ne pas provoquer une fuite précipitée.
Immobile loin devant nous, je sens que nous ne pourrons pas l’approcher sans la déloger. Autant nous contenter du plaisir à distance.
Et si c’était le regard ? Je me souviendrai toujours de ce face à face sur un récif de Rangiroa. Voyant venir une tortue dans ma direction, je restai immobile derrière mon caisson photo, attendant qu’elle approche encore avant de déclencher. Elle s’est immobilisée juste devant moi et m’a regardé. J’ai pris une photo (voir Rangiroa sous l'eau ) et je me suis mis un peu de côté. Alors, reprenant sa route, elle est passée.
Malgré sa taille, j’ai failli ne pas la voir en passant au-dessus d’elle ce matin-là en remontant une coulée de lave. Merci Menno !
Et elle ? Une tortue de belle taille, à la carapace presque lisse et portant quelques balanes blanchies. Après quelques photos d’au-dessus en m’approchant, je suis descendu en face d’elle. J’avais des scrupules à utiliser le flash, mais elle n’a pas semblé dérangée. Je me suis rapproché doucement en la regardant me regarder et j’ai pris quelques photos sans hâte. Je l’ai encore regardée un court instant puis je me suis retiré doucement, la tête pleine de remerciements muets. Juste après moi, 2 calamars se sont précipités avec leurs appareils et, bien entendu, elle a immédiatement pris le large…
Ce regard…
Comme dans les mythologies, la grande A’Tuin porte le Disque Monde sur son dos (et 4 éléphants, le 5è s’étant écrasé en Uberwald). L’Homme a longtemps vu en la tortue l’image de l’immuabilité du monde sur lequel il vit et auquel il appartient temporairement. Il lui a exprimé beaucoup de respect. Il a loué sa sagesse. Soupe, pseudo-médecine, charlatanisme, babioles pour stupides touristes et sacs plastiques : peut-être serait-il bon de raviver certaines de ces vieilles histoires à la beauté et à l’enracinement universels…
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