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Il fait sombre, très sombre. Pas à cause d’une thermocline avec changement de masse d’eau, la température n’est pas très différente de celle à la surface. Mais l’eau est chargée, non de grosses particules, ni de cette touille brouillasseuse, non, chargée de particules très fines mais qui piègent efficacement la lumière du jour.
La progression sur l’épave est lente, à la lumière du phare. Dans un espace de vide noir entre 2 poutrelles des cales avant, des barreaux émergent un instant dans le halo lumineux. Vision fugitive d’une échelle se perdant dans un trou sans fond…
Après la tourelle portant le canon bâbord, les bittes d’amarrage sortent à peine de l’obscurité.
C’est comme si cette pénombre s’était encore épaissie à mesure que nous approchons du château que nous rencontrons sur son angle bâbord. Et là…
Je ne pensais pas avoir raison si rapidement. Constatant une évolution accélérée, j’avais prédit la chose début octobre (voir Flux et reflux sur l’Alice Robert ), 10 mois après un billet d’humeur dans la presse plongée.
Le château s’est écroulé sur lui-même, faisant descendre le plafond au niveau du bastingage.
Afin de mesurer l’ampleur des dégâts, je traverse le pont vers l’angle tribord. Il semble ne pas avoir autant souffert et les formes sont familières.
Le survol en rase-mottes du château conduit à une image étonnante : l’effondrement a eu pour effet de faire ressortir la cheminée ! Jusqu’alors, elle était coupée au ras du plancher (voir Session épaves. 2 : l’Alice Robert (2/2) ). A présent, elle dépasse d’un bon mètre.
En redescendant sur bâbord pour longer la coursive, l’aplatissement est bien visible : l’espace restant entre plancher et plafond est à peine plus grand que la hauteur du bastingage duquel dépasse ce qui devait être un support de main-courante (au premier plan).
Dorénavant, il sera plus difficile d’aller voir si un congre somnole dans la baignoire…
Il est temps de remonter lentement et de retrouver la lumière d’une ambiance laiteuse.
Durant le palier, je me représente mentalement ce que j’ai vu par petits bouts dans cette pénombre. La visite m’aura permis d’évaluer grossièrement l’ampleur de la catastrophe. Il faudra redescendre dans de meilleures conditions afin de bien mesurer ce qui a été irrémédiablement modifié et surtout comment les choses risquent de changer à l’avenir.
Il y a beaucoup de lambeaux de filets sur ce côté bâbord du château… Quelque chose me dit que l’on peut faire confiance à ceux qui semblent aimer casser et perdre leur outil de travail pour qu’ils continuent…
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