Quelle idée ! Mais quelle idée !!!
J’avais gardé un bon souvenir de mes plongées de nuit en mer Rouge. Comme dans d’autres mers, c’est l’occasion de rencontrer les animaux sciaphiles et les chasseurs qui profitent de l’obscurité.
J’avais envie de renouveler l’expérience. Sauf que le vent s’était levé, et la mer avec lui.
Il semble difficile de trouver un site abrité pour une plongée de nuit à Dahab. Je n’étais pas très motivé pour plonger à nouveau sur les patates de la plage devant le club, malgré la population
d’hippocampes. La visi réduite par mer belle ne présageait pas d’une nette amélioration en conditions houleuses. Le site Lighthouse nous a été proposé. On pourrait penser qu’il s’agit de
s’immerger au pied d’un phare. Non, ça serait trop évident.
Alors que le reste du groupe sirotait l’un des apéros quotidiens, nous étions seulement 4 volontaires (Guy, Sabrina, Vanessa et moi) accompagnés de Franck transformé en reporter sans frontières
pour l’occasion. Sabrina a raconté les préparatifs ici
link
Le site ? Dahab by night, ses rues commerçantes animées, ses boutiques de plongée et de souvenirs pour plongeurs, et 4 plongeurs en combinaison, bloc sur le dos, palmes sous le bras. Lighthouse,
point originel du développement de la petite ville, est un bout de rue du centre avec un ponton flottant séparé du « quai », donc inutilisable, à moins de se baigner pour y aller. Et encore moins
avec les rouleaux de la belle houle que nous voyons devant nous. Donc on entre par là, sans voir où on pose les pieds à cause de l’écume et de l’obscurité et on doit descendre sur les cailloux
avec les vagues à crête blanche de face ? Quelle idée ! Mais quelle idée !!! Vais-je être le premier à me casser la g….. ?
La visi n’est pas très bonne pour faire des photos car l’eau est chargée en particules. Pas étonnant vu ce qui remue au-dessus de nos têtes. Nous circulons lentement le long du mur récifal à la
recherche de ses habitants alors que 2 palanquées d’un autre club nous doublent par en dessous comme si elles étaient en retard, ou poursuivies... Nous, nous observons la faune typique de la nuit
en mer Rouge. Du moins, c’était l’objectif…
D’abord un, puis un second bernard-l’ermite
Dardanus tinctor accompagné de ses inséparables anémones. Si ce n’étaient ses yeux verts, je jurerais qu’il y a les mêmes à Argelès la
nuit.
Puis, cachée dans un recoin, une grande cigale
Parribacus antarcticus va jouer sa timide en cherchant à éviter les feux de la rampe. Elle est craintive, peut-être parce qu’elle a déjà
perdu une de ses deux palettes…
Je doute… Il y a bien les mêmes à Sainte Catherine ? Peut-être moins poilues. Et son nom d’espèce ne fait pas du tout égyptien, ni même tropical.
Nous plongeons en mer Rouge, si, si ! Continuons… Pour croiser cette murène panthère
Gymnothorax flavimarginatus. Son œil jaune ne traduit pas un souci biliaire.
Elle n’a pas envie de nous sourire. Jusqu’ici, rien de franchement typique, non ? Pourtant, nous sommes bien en mer Rouge, si, si…
Tiens ! Les 2 palanquées nous doublent dans l’autre sens. Ils ont sûrement pris le temps de voir un peu de sable entre leurs coups de palmes…
Parmi les habitants du récif qui ne sortent que lorsque la luminosité est comparable à celle de leur trou de la journée, il y a les oursins. Et notamment les oursins diadèmes
Diadema
setosum. Vous me direz, comment ranger dans un trou tous ces piquants sans les casser, surtout lorsqu’ils mesurent 30 cm et qu’ils sont fins comme des aiguilles ?
Pas forcément plus simple comme situation lorsqu’on a les piquants épais et robustes de l’oursin lance
Phyllacanthus imperialis et qu’on tente de s’infiltrer entre les coraux.
Et puis, dans la même grande famille des échinodermes, les comatules. J’aime beaucoup ces animaux qui déploient leurs bras la nuit venue. Foisonnement et diversité des assemblages de couleurs de
leur longs bras qui se déroulent et s’étirent pour filtrer l’eau chargée de particules.
Je serais venu faire cette plongée de nuit rien que pour elles.
Un dernier parent dans cette grande famille des échinodermes, d’une tout autre forme et que l’on n’observe que la nuit : l’holothurie serpentiforme
Euapta godeffroyi.
Et les poissons ? Ils dorment. Pour la plupart, les petits sont cachés dans les branches des coraux. D’autres ne prennent pas cette précaution, comme ce poisson globe à taches blanches
Arothron hispidus
Ou ce petit poisson globe masqué
Arothron diadematus qui joue peut-être un peu sur son mimétisme.
Dans la famille « si tu m’embêtes je gonfle », ce poisson porc-épic
Diodon spilostylus est peut-être en quête de son repas de la soirée.
Pour finir, un représentant qui lui aussi passe le jour dans les recoins sombres et déploie ses longs rayons venimeux la nuit venue lorsqu’il chasse. Ce Pterois
Pterois radiata allie
élégance, finesse et venin. Même si nous avons croisé certains de ses proches parents au cours des plongées diurnes, c’est bien la nuit qui est le moment privilégié pour le regarder évoluer.
Je me suis fait plaisir. J’ai vu quantité de comatules, ces animaux que j’aime tant observer. Tout s’est bien passé malgré l’état de la mer et de la visi. Guy, très calme, a l’œil et nos
judokates palmées ont eu l’occasion de tester la plongée de nuit dans une mer tropicale à la faune plus exotique que celle de leur gravière :D Et puis nous sommes arrivés à temps au restaurant de
l’hôtel pour pouvoir manger. Il restait même encore des desserts très colorés sûrement pas bio…
Pour être abrité de la houle à Dahab, faut-il aller derrière le cap Béar ? ;-)
Tu vas rejoindre les sirenes nocturnes parce que les sirenes diurnes ne te suffisent plus ? Tu en as de la chance !
Il faut encore signalé qu'en tant que plongeur le plus gradé de la palanquée, il a testé la mise à l'eau en premier... Heureusement, je crois que j'aurais fini dans l'eau plus vite que prévu sans lui...
Merci à Franck pour son aide à la sortie, parce que la houle ne s'étais pas calmée pendant la plongée.
Encore un record battu pendant cette plongée, record de durée en plongée de nuit, pour moi.
Je ne pouvais quand meme pas vous laisser y aller en premier, avec toutes ces choses venimeuses qui piquent dans l'eau en cas de chute malheureuse...