Avec le retour du printemps, et donc l’ouverture de la nouvelle saison, la longue trêve hivernale a pris fin. Longue trêve hivernale ? Pas tant que ça. Certains ont continué à se mouiller les
écailles tout au long de la saison froide. Enfin, quand je dis « se mouiller les écailles », c’est une image bien sûr ! Ils plongent en étanche, donc les écailles restent sèches…
Il y a quelques semaines déjà que j’ai accompagné François pour ma probable dernière plongée catalane du bord de l’année. Ce matin-là, nous avons décidé de ne pas nous mettre à l’eau à la plage
habituelle, mais de partir un peu plus loin d’une toute petite crique, histoire de changer et de découvrir un autre petit bout de côte.
L’eau est toujours aussi fraîche et claire. Le faciès rocheux se prête bien à la recherche des petits habitants fixés. Il y a toujours quelque chose de nouveau, de différent à observer. On peut
multiplier les immersions, on trouvera toujours une curiosité, un animal qu’on n’a pas eu l’habitude de remarquer. Par exemple, François attire mon attention sur une petite masse d’un vert
tendre
Je dois me coller le masque contre le rocher pour détailler de très près la chose et en déduire qu’il s’agit probablement d’une ascidie coloniale. Chaque petit orifice est entouré de minuscules
points blancs. Ils sont tous calibrés et presque ordonnés. Rien à voir avec les pores inhalants et exhalants de l’éponge rouge collée derrière.
Bien sûr, le doute n’est plus permis pour ce caractéristique bouquet d’ascidies.
Plus loin, c’est moi qui m’arrête sur une petite boule grosse comme un abricot, mais hérissée de tubes comme un orgue. Un affamé y a goûté, permettant de découvrir l’intérieur de l’animal. Car
cette chose est bien un animal, une éponge plus précisément, qui a dû être plus grosse que l’appétit de celui qui l’a croquée.
Dans la famille des chasseurs armés de crochets venimeux, à l’inverse des anémones vertes,
Cereus pedunculatus choisit toujours des recoins impossibles pour s’accrocher.
Les dents de cochon, elles, exposent leur édifice calcaire très compact et dur, par-dessus lequel les minuscules tentacules attendent la livraison à domicile d’un repas…
Dans la même très grande famille, plus élancée mais pêchant également ce qui passe à portée de tentacule, la gorgone orange est fixée au rocher et orientée selon le sens favorable du courant
local pour optimiser ses chances d’attraper sa nourriture.
On pourrait négliger un autre prédateur redoutable, tant il est naturel de l’observer : l’étoile de mer. Pourtant, je m’émerveille encore devant la complexité de la structure des bras de la
Marthasterias glacialis. Celle-ci n’était pas très agitée, ce qui m’a permis de la prendre en gros plan. Je ne plaisante pas, cette étoile de mer, bien que beaucoup moins véloce que ses
parentes les ophiures, se déplace à vue d’œil.
Les grands spirographes comptent parmi les habitués sensibles que l’on approche délicatement. Il faut être discret et précautionneux pour observer de très près les fines lamelles filtrantes de
leur panache spiralé.
Pas de crainte de voir cet autre vers se dérober brusquement à la vue du plongeur agité. La grande planaire blanche rayée va son chemin comme si nous n’étions pas là.
Il est encore un peu tôt. Calé dans une anfractuosité, ce crénilabre semble faire durer sa grasse matinée
Alors que cette petite galathée brune est bien éveillée et attentive à nos mouvements, mais sans pour autant manifester de stress, malgré les éclats de nos flashs
Le poulpe, lui n’aura pas la même sérénité. Peut-être a t-il passé une nuit blanche à chasser ? A sa place, je n’apprécierais pas non plus qu’on vienne me mettre sous les feux de la rampe de si
bon matin…
Voilà, encore plus d’une heure de promenade aquatique pour les 2 paparazzi fouineurs que nous sommes, indifférents aux 11°C de l’eau dans laquelle nous avons baigné sans trop nous mouiller. Seuls
les doigts sont naturellement un peu gourds. Une fois de plus, tout cela n’a été que du plaisir…
La plante des pieds de l'étoile de mer est très jolie aussi (plus que ma plante de palme !)
Bravo !
Je reviendrai en principe le mois prochain. J'espere qu'on pourra aller traquer la godive orange sur la tole... ;-)