Dimanche matin. Le Canigou enneigé se découpe sur le ciel bleu.
Avec Ramoucho, nous avons rendez-vous aux « Roches Bleues », entre Collioure et Port Vendres. François nous y attend en compagnie des volontaires de son club de Perpignan. Nous nous équipons sur
le parking de la résidence, puis nous descendons sur la plage. Durant l’hiver, la mer a rejeté sur le sable quantité d’objets, dont un tronc d’arbre. Malheureusement, je constate qu’ici aussi,
les déchets en plastique sont nombreux. Partout où j’ai eu la chance d’aller au bord d’une mer ou d’un océan, même au milieu du Pacifique, j’ai toujours retrouvé dans la laisse de mer ces
bouteilles, ces sacs, ces morceaux de tout et n’importe quoi jetés dans un environnement auquel ils n’appartiennent pas.
Après un peu de palmage en surface, nous nous immergeons. La visi est extrêmement réduite, pour ne pas dire que c’est la touille complète… Cap au large, nous allons chercher le coralligène sur 20
m. Déjà à 2, dont un paparazzi, il n’est pas évident de ne pas se perdre, mais alors à 2x2, dont 2 paparazzi, c’est carrément une épreuve. Pourtant, par un mystère inexpliqué, jusqu’à la fin nous
arriverons à rester groupés.
Les massifs de coralligène apparaissent comme des masses sombres lorsque nous avons presque le nez dessus. Si peu de luminosité, cette eau si turbide, on se croirait en plongée sur épave. Dans
cette atmosphère crépusculaire, les cérianthes (
Cerianthus membranaceus) doivent penser que c’est la nuit.
Mais les lumières de nos phares n’attirent pas de petits poissons imprudents dans les tentacules. Il est trop tôt dans la saison, les poissons sont encore en vacances loin d’ici.
Dans la grande famille des cnidaires, dont j’ai présenté quelques membres précédemment, il manquait les alcyons. Sur le coralligène que nous visitons, ils sont assez nombreux, bien que de
modestes dimensions. La lumière artificielle révèle leurs couleurs, comme celles des anémones encroûtantes jaunes (
Parazoanthus axinellae), leurs proches parents.
Les alcyons (
Alcyonium palmatum et
Alcyonium acaule) n’ont pas de squelette dur comme les gorgones ou les coraux. Ils sont dressés grâce à une pression hydrostatique maintenue
par certains polypes de la colonie.
Un congre et un petit poulpe, trop bien enfouis au fond du gruyère naturel que représente le coralligène, sont impossibles à immortaliser. A l’extérieur, des gorgones orange (
Lophogorgia
ceratophyta) servent de support au développement d’autres animaux comme ces ascidies (
Diazona violacea).
Et puis il a bien fallu rentrer. A peine 61 minutes d’immersion, parce qu’on a un peu fait durer le plaisir dans quelques mètres d’eau. Nous avons ensuite regagné le port où nous avons pu rincer
le matériel et le laisser s’égoutter, tandis que nous soignions à nouveau le régime de Ramoucho (coca-pizza pour lui, Banyuls-pizza pour moi). Ce jour-là régnait sur le port comme un air de
printemps…
Retrouvez les images de ces derniers articles et d’autres dans l’album photo « faune sous-marine ».
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