Fin de l’intervalle. Matt nous explique la plongée à venir. Le site s’appelle Chinsen (« bateau coulé »). C’est une barge chargée de pierres qui a coulé, il y a 20 ans, sous la force d’un typhon.
Longue initialement de 85 m, elle repose en 2 parties séparées d’une quinzaine de mètres. Habituellement, ils n’ont pas la possibilité d’aller jusqu’à la poupe en raison de la consommation des
plongeurs et ils se contentent de faire le tour de la moitié avant. La consigne suivante est donc donnée : une fois arrivé à la cassure, nous ne continuerons que si chacun a encore 150 bars dans
son bloc. Comme ils m’ont prévenu que cette seconde immersion serait plus profonde (qui a dit « profil inversé » ?), je demande alors la profondeur. L’épave repose à 33 m. Je les informe qu’en ce
qui me concerne, côté autonomie, ça devrait aller pour une visite complète…
Le trajet est aussi court que précédemment. Nous sommes 2 palanquées, mais en fait nous ne serons que nous 3 sur l’épave, l’autre palanquée, moins expérimentée, plongeant moins profond sur le
récif face à la proue de l’épave. Nouvelle check-list, je n’ai rien oublié, je tiens bien mon détendeur et mon masque, ma stab est légèrement gonflée, j’ai mis mes palmes, le vent souffle dans la
bonne direction, la conjoncture astrale est favorable… Mon binome-élève est consciencieux.
Plouf !
…
Nous descendons le long du filin qui relie la bouée du mouillage fixe au gros treuil à la proue de la barge.
L’eau me paraît plus laiteuse que sur le premier site, mais il n’y a pas lieu de se plaindre ! Nous sommes aussi quelques mètres plus bas et la lumière est un peu plus tamisée.
La colonisation de cette épave me paraît à la fois pauvre et très hétérogène. Il y a bien sur le treuil et sur le pont des parcelles d’encroûtement de gorgones, d’alcyonnaires et d’éponges, mais
les individus sont de très petite taille par rapport au récif précédent.
Un peu plus loin, posé à plat sur le fond, un pan de la coque semble absolument propre et vierge de toute vie fixée.
Mon opinion change cependant en cours de progression. Le rebord des cales est beaucoup plus colonisé et des petits poissons apportent un peu de mouvement au tableau.
Côté interne de l’épave, je retrouve des représentants si souvent observés lors de la première plongée. D’abord, dans un recoin, mais complètement découverte, une murène locale dans la
posture habituelle de cet animal, gueule ouverte.
Un peu plus loin, le faisceau de mon phare révèle un scorpénidé qui se croit caché. Raté ! Il n’a pas assez bien maquillé ses nageoires pectorales développées.
Plus nous avançons et plus il me semble que la colonisation de l’épave se densifie. La faune fixée se fait plus grande aussi, et des nuées de petits poissons nous entourent.
Nous voici à la cassure. Je ne peux pas m’empêcher de penser à la cassure du Saumur que l’on franchit en suivant le câble les jours de purée de pois, à la cassure de l’Astrée qui nous a si
longtemps privé de la visite de la proue, à la cassure du Bananier qui nous interdit pour le moment la découverte de la poupe…
Contrôle des pressions. C’est bon pour tous les 3, nous pouvons quitter la partie avant. Nous partons en pleine eau vers la partie arrière qu'on devine plus loin sur le côté, masse sombre à la
limite de visibilité…
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