Mer d’automne. Le bleu profond a laissé la place à des teintes grises aux reflets métalliques sous un soleil fatigué d’une longue saison estivale. La clémence des éléments augmente la motivation
pour se mettre à l’eau. Et si nous allions sur le Saint Lucien ce week-end ?
Nous visitons ce cargo plus rarement que les autres coulés à la même période. Pourtant, il présente l’avantage d’être le moins profond puisqu’il est seulement posé sur 40 m. Délaissé depuis des
années par la plupart des clubs du secteur, jamais balisé, il est très peu fréquenté. Et puis, il faut avoir de bonnes coordonnées pour tomber pile dessus… L’avantage de celles qu’utilise
Sylvain, c’est qu’elles nous amènent pile sur le château. Libre à nous ensuite de décider de partir à la poupe ou vers la proue. Commençons par celle-ci.
Le bateau a été endommagé à l’avant. Le temps a fait son œuvre et la proue est désormais manquante. Les cales avant sont posées à plat alors que les montants de la coque sont repliés vers
l’intérieur. C’est comme si un poids énorme avait appuyé sur le pont avant pour l’enfoncer dans le sable, provoquant mécaniquement le rabat de la coque en dedans.
Les bittes d’amarrage ont un air penché…
Le mât de charge est tombé de tout son long. Une extrémité a échoué sur un gros treuil de chargement.
Le château a également souffert. Il s’effondre sur lui-même. Les filets, la proximité du cap Béar et la force de la houle sont probablement responsables de la dégradation plus rapide que celle du
Saumur et de l’Astrée. Il est encore possible de se frayer un chemin à l’intérieur, mais il faut être extrêmement précautionneux car les fragiles montants sont rongés par la rouille et
l’enchevêtrement des structures complique le cheminement. Émergeant des débris, la baignoire est pleine de sédiments.
Sur le toit du château, les parties basses des manches à air font penser à des cheminées.
A l’extrémité arrière du château, la structure des claires voies s’est écroulée. Descendant le long de la rambarde, nous arrivons sur le pont arrière.
Il y a aussi de la vie dans cette épave. Crustacés, mostelles, congres, anthias, sars tambour peuvent être rencontrés.
Sur la partie arrière, la coque a accroché des filets qui ont servi de support de colonisation aux alcyons, aux bryozoaires, aux ascidies… Leurs couleurs vivent sont révélées par la lumière de
nos phares.
La poupe est la partie la mieux conservée, malgré sa fragilité.
Descendant le long de la coque très fortement incurvée à la poupe, nous arrivons à hauteur du safran, puis de l’énorme hélice encore en place...
Au-dessus de nos têtes, la coque ajourée laisse filtrer un peu de lumière à travers le filet qui enveloppe la poupe.
Cette visite de la proue à la poupe a duré 20 minutes au fond. Laissant le Saint Lucien, nous avons entamé la lente remontée.
Nous avons remis ça une deuxième, puis une troisième fois ce même week-end, avec des conditions variables, mais globalement bonnes. Vous pouvez demander à Christian, François, Maurice, Matthieu,
aux PpO2max… L’humeur au retour en surface était joyeuse, malgré leurs étranges soucis de parachutes (
Épidémie ).
Jusqu’ici, j’avais très peu parlé du Saint Lucien. Vous pouvez néanmoins lire ou relire
Le Saint Lucien ,
Retour sur le Saint
Lucien et
A l’heure du
thé… .
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