Dimanche 17 avril 2011 7 17 /04 /Avr /2011 14:04


Depuis combien de temps cette partie de l'un de nos terrains de jeux favoris était-elle manquante dans nos souvenirs subaquatiques ? L'Alice Robert, ce cargo cassé en deux après son torpillage, a perdu sa poupe il y a plus de 65 ans. Ce Bananier que nous visitons si régulièrement depuis des années était comme un puzzle à la pièce manquante, une histoire inachevée. Les informations sur la partie arrière du Bananier étaient contradictoires. Enfin, il a été possible d'aller voir ce qui a été si longtemps imaginé...


bananier arriere

Par Homo palmus - Publié dans : épave
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Mardi 12 avril 2011 2 12 /04 /Avr /2011 00:58

 

Nous les croisons durant les paliers. Souvent de petite taille, translucides, mélangés aux particules planctoniques, il faut être attentif pour les observer et très délicat pour ne pas les détruire au moindre geste incontrôlé. Car ces étranges organismes pouvant évoquer des créatures de science-fiction sont extrêmement fragiles. La transparence de ces animaux, leur finesse et leurs mouvements parmi le plancton dont ils se nourrissent sont autant de difficultés pour obtenir des photos acceptables.

 

Un fin ruban transparent ondule sous la surface. La ceinture de Vénus, Cestus veneris, a de quoi interpeller le plongeur. Un animal, ça ? Où sont les organes ? Difficile de trouver des repères anatomiques classiques chez les Cténophores, ces organismes qui piègent leurs proies planctoniques à l’aide de cellules collantes et de mucus.

Cestus veneris

 

Les bordures du ruban portent des rangées de cils permettant la nage. Au centre, une sorte de fuseau plus dense est bien visible. C’est là que se situe la bouche et 2 fins tentacules qui piègent les proies et les conduisent jusqu’à l’orifice buccal.

La ceinture de Vénus peut mesurer jusqu’à 1,5 m pour une épaisseur d’1 cm et se rencontre dans les mers et océans tempérés et tropicaux.

 

Dans la catégorie « créature de science-fiction », Leucothea multicornis est bien placée. Ce Cténophore de 15 à 25 cm a la morphologie d’un ballon de rugby portant 2 paires de tentacules et 2 grands lobes.

Leucothea multicornis

 

Il pêche à la fois à la traîne avec ses tentacules munis de colloblastes (cellules collantes) et au filet grâce à ses 2 lobes enduits de mucus qu’il peut agiter pendant sa nage lente pour récolter un maximum de plancton.

L’animal est recouvert de papilles qui pourraient avoir un rôle sensoriel.

Leucothea multicornis 1

 

Comme les autres Cténophores, le corps est bordé de 8 rangées de peignes formés de cils vibratiles qui assurent la mobilité.

Leucothea multicornis 2

 

Autre organisme planctonique étrange, Forskalia edwardsii n’a pourtant rien à voir avec les 2 espèces précédentes. Ce Cnidaire, proche parent des méduses, est en fait une colonie pouvant mesurer plusieurs mètres de long. Chaque individu comporte des polypes spécialisés (reproduction, alimentation).

Forskalia edwardsii

 

Comme pour les autres Cnidaires, qui s’y frotte s’y pique ! Ces colonies sont urticantes, donc il vaut mieux les laisser passer comme les autres méduses en évitant les filaments pêcheurs.

Forskalia edwardsii 1

 

Cnidaires pêchant au harpon venimeux et Cténophores pêchant à la glu, Dame Nature a inventé 2 systèmes pour réaliser la même fonction chez des animaux partageant le même écosystème et se nourrissant d’organismes planctoniques. Bien que phylogénétiquement répartis dans 2 phyla, ils sont néanmoins apparentés dans la grande classification des êtres vivants. Quant au plongeur, à lui de savoir faire la différence entre celui qui pique et celui qui casse au moindre geste malheureux, tout en profitant de la grâce de ces curieux visiteurs pendant des paliers.

Par Homo palmus - Publié dans : billet faunistique
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Samedi 9 avril 2011 6 09 /04 /Avr /2011 11:43

En avril, ne te découvre pas d’un fil. Depuis quelques jours, la météo est estivale, étonnamment estivale, anormalement estivale. Les odeurs ont changé, les plantes sont couvertes d’un vert encore tendre, les araignées et les insectes ont à nouveau colonisé mon balcon et, dans l’affreux supermarché du coin, le rayon raclette s’est subitement transformé en étal de spécialités d’outremer (avec musique d’ambiance tonitruante). C’est de saison, c’est la saison, celle où il faut traverser l’Atlantique vers des îles sous le soleil où la mer est bleue, les palmiers verts et les produits 30% plus chers qu’en métropole. Il y a ces îles où des touristes vont rôtir sur des plages de carte postale et boire des cocktails à base de rhum supposé local. Il y a ces autres îles où le touriste ne va pas, ou du moins pas sans une bonne raison comme une envie d’absence de choses telle la foule, entre autres. Il n’est pas question de chercher Robinson, non. Car on est quand même content de trouver un hébergement tranquille, un club de plongée sympa et des petits restos où la cuisine est plutôt artisanale (et où les coqs ne passent pas assez à la casserole). Ça ne sera pas pour cette année, mais ça n’empêche pas d’y penser. Alors, quand j’entre dans le labo et que je constate que mes bactéries se moquent complètement du ciel bleu et des températures inhabituelles, qu’elles continuent à se reproduire imperturbablement quelle que soit la saison, la météo, les magouilles de nos incompétents politiciens (oups, pléonasme), je me dis qu’elles, au moins, ne se plaindront pas du retour à la normale prévu demain avec la pluie, une température divisée par 2, du lait radioactif et du pétrole encore plus cher.

Il y aurait sûrement des choses à apprendre de la philosophie bactérienne… Pendant ce temps, je regarde ma combi étanche et je me dis qu’il peut bien pleuvoir et faire froid, en attendant l’été, je vais bientôt plonger…

 

 

Par Homo palmus - Publié dans : video
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Jeudi 31 mars 2011 4 31 /03 /Mars /2011 10:13

 

 

 

Il y a un peu plus de 2 ans et demi, je racontais l’histoire de la première plongée sur l’Amandine enfin trouvée (voir Il était une fois… ). Depuis, l’épave n’avait plus reçu notre visite. Un matin en ce début du mois de mars, alors que les conditions météo étaient idéales, Sylvain a eu envie de retourner sur le site. Nous voilà donc partis sur la mer d’un beau bleu et très calme.

 

amandine 060311 depart

 

Au milieu de nulle part, la gueuse est jetée. Le fond sablo-vaseux est uniformément plat et la visi est inconnue. Nous avons donc le risque de nous retrouver dans la touille comme la dernière fois. La descente commence et, 35 m plus bas, nous sommes sur le fond. La visi est correcte malgré la faible luminosité. Pas de trace de l’épave… Après quelques instants de recherche, une belle vérétille signale une extrémité de l’épave.

 

amandine 060311 approche

 

La situation a bien changé. L’épave s’est considérablement envasée. Il ne semble plus émerger qu’une longueur de coque sur le côté.

 

amandine tacauds coque

amandine 060311 spirographes 2

 

Dans leur majorité, les cavités qui abritaient les congres et les tacauds sont sous la vase. Les nombreux filets qui servaient de support aux belles comatules colorées sont également partiellement enfouis.

 

amandine tacauds filet

amandine tacauds et spirographes

 

Même les ascidies blanches ont disparu. Les spirographes sont encore là, en gros bouquets.

 

amandine 060311 spirographes 3

amandine 060311 spirographes

 

De même, les éponges qui étaient sur les parties les plus extérieures sont toujours visibles.

 

amandine eponge

 

Quant aux tacauds, ils sont encore présents. Mais au lieu de rester cachés sous les structures, ils tournent en banc autour de nous.

 

amandine francois

amandine francois tacauds

amandine 060311 tacauds

 

 

 

François, l’œil toujours attiré par les petites bêtes, m’indique un beau pagure se promenant sur l’édifice.

 

amandine pagure

 

Des petits coquillages en grande quantité sont amassés partout contre les planches. A l’autre extrémité des vestiges, une chaine part en ligne bien droite. Nous la suivons mais elle s’enfonce dans le substrat avant que nous ayons pu trouver l’ancre.

 

amandine chaine

 

A proximité se dresse une belle pennatule.

 

amandine pennatule

 

La plongée sur les fonds sablo-vaseux est particulière. Il est possible que bon nombre de plongeurs la dénigrent, pensant que l’absence de roche ou de relief est synonyme d’absence d’intérêt. Pourtant, il y a une foule de choses à observer dans cet environnement lunaire. Et ce n’est pas mon binôme du jour qui dira le contraire !

 

amandine palier

 

Quant à l’Amandine, l’évolution est peut-être transitoire selon les mouvements du substrat au gré des courants et de l’agitation. Il faudra retourner régulièrement pour suivre l’évolution. Au pire, si elle disparaît entièrement, elle sera préservée de la dégradation et constituera un site archéologique quand la Méditerranée se sera fermée et que ses eaux se seront évaporées. C’est pas pour demain, après demain peut-être…

Par Homo palmus - Publié dans : épave
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Samedi 26 mars 2011 6 26 /03 /Mars /2011 10:05

 

On laisse traîner vraiment n’importe quoi sous l’eau. Je doute que cet engin de terrassement ait été nettoyé afin d’éviter toute pollution locale. Cette pelle mécanique aurait été utilisée pour les travaux d’aménagement de l’émissaire évacuant les eaux sortant de la station d’épuration de Banyuls, selon ce qui est indiqué sur la page de Franck Gentili (link). Je ne sais pas si ces événements ont eu lieu avant la création de la réserve marine (1974) où se situe l’action.

Cela faisait des années que j’avais envie d’aller voir cette épave un peu insolite. François avait déjà repéré le site et comme il était motivé, il m’a emmené voir la bête.

Les récents travaux d’enrochement entre le labo et l’île Grosse (qui n’est plus une île depuis longtemps) ne facilitent plus la mise à l’eau. Il faut partir de plus loin sur la jetée. Ce jour-là, la mer est belle et l’opération n’est pas trop difficile.

 

pelleteuse 050311 francois

 

Rapidement, nous descendons dans des failles bien colonisées.

 

pelleteuse 050311 cereus pedunculatus

pelleteuse coryphelle

pelleteuse plumules

pelleteuse spirographe

 

L’ambiance doit être agréable en pleine saison.

François dirige les opérations et nous arrivons à un point de repère à partir duquel nous allons changer de trajectoire. C’est une grosse masse métallique qui doit être le reste d’une chaudière.

 

pelleteuse chaudiere

pelleteuse 050311 chaudiere 2

 

Il y aurait eu à cet endroit une épave ? Pas impossible vu les roches et la proximité du port de Banyuls. C’est un gros cylindre avec une excroissance. Sur une face, les tubulures sont bien concrétionnées mais néanmoins visibles.

 

pelleteuse 050311 chaudiere 1

 

Dans l’excroissance latérale, une petite ouverture laisse apercevoir le congre qui a élu domicile dans cet abri.

 

pelleteuse congre

 

Nous laissons la chaudière pour suivre une isobathe afin de ne pas rater la pelle mécanique. La visi n’est pas excellente, l’eau est laiteuse et il serait facile de passer à côté. D’ailleurs, nous passons à côté avant de faire demi-tour, de prospecter à nouveau et de trouver la Chose. Elle se fond assez bien dans le paysage et vu de loin, on pourrait penser qu’elle fait un honorable rocher. Le bras est couché sur le côté droit. Il manque toujours une dent au godet.

 

pelleteuse 050311 godet

pelleteuse 050311 godet 1

 

Le poste de commande est méconnaissable.

 

pelleteuse 050311 poste

 

La potence qui suspendait les câbles d’alimentation est toujours dressée.

 

pelleteuse commandes

pelleteuse 050311 francois fin

 

Les chenilles se fondent progressivement dans la masse encroûtée.

 

pelleteuse 050311 corps

 

L’incongruité de la Chose dans ce lieu disparaît lentement avec le temps. Comme toute épave, la pelle mécanique est absorbée, assimilée par son environnement.

 

pelleteuse 050311 arriere 1

pelleteuse 050311 arriere

 

Nous la quittons. Sur le retour, François déniche un poulpe qui essayait d’échapper à son regard aiguisé.

 

pelleteuse poulpe

 

Nous finissons le retour en surface le long des rochers de l’île Grosse. La mer est calme, il fait beau, l’air est doux. La sortie n’est pas trop acrobatique.

 

pelleteuse 050311 sortie

 

C’était une belle promenade très peu profonde sur un site insolite que j’avais envie de découvrir depuis longtemps. Il faudrait y retourner durant l’arrière saison lorsqu’il n’y a plus beaucoup de touristes mais que l’eau claire et chaude est pleine de poissons.

 

Merci à François pour ses photos

Par Homo palmus - Publié dans : épave
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