Elle se repère facilement. La couleur orange vif de ses papilles dorsales contraste avec ce qui lui sert le plus souvent de repas sur le coralligène. Si la godive orange Godiva
banyulensis (voir Nudibranches (2) ) est une rencontre habituelle, la fréquence des observations cette saison sur le site de la Moulade m’a semblé plus importante que les années
passées (alors que celles des Hypselodoris elegans a diminué). Donc je me suis mis à les regarder de plus près pour pénétrer leur intimité.
A quoi une godive orange passe t-elle son temps ? Comme les autres êtres vivants, les 2 occupations prépondérantes sont l’alimentation et… Et ? Et on verra ça plus tard. J’ai l’habitude
de dire que pour observer un animal, il faut savoir ce qu’il mange et chercher les sources de nourriture pour les trouver. Ce n’est pourtant pas toujours valable, les points de restauration
pouvant demander de longs déplacements (rapportez les distances à la taille d’un nudibranche). Voici donc d’abord quelques individus peut-être en quête de nourriture :
Une fois la nourriture trouvée, elle passe à table, n’hésitant pas à mettre le pied dans le plat.
N’oublions pas que la godive orange est carnivore. On n’a pas l’habitude de considérer les mollusques « limaces de mer » comme des prédateurs carnassiers impitoyables. Mais la vie selon
Dame Nature, c’est manger ou être mangé…
Donc, si vous en croisez une sur de la verdure, elle n’est probablement pas végétarienne.
Je n’ai pas constaté d’agressivité particulière vis-à-vis de proches parents désireux de consommer à la même table.
Et à part manger ? L’autre activité fondamentale de tout être vivant est le désir de reproduction. Enfin, désir, c’est vite dit, tout cela n’est que le jeu des rivalités entre gènes habiles
qui nous font croire que nous décidons de… Mais je ne vais pas vous embêter avec des considérations bassement scientifiques très peu romantiques. Je n’ai pas pu immortaliser de scène
d’accouplement torride (les godives sont-elles pudiques ?). Cependant, je suppose que celle-ci est en train d'achever de déposer sa ponte sur ce qui est pour elle un vivier de proies bien
vivantes :
Animal cornu étrange aux couleurs flamboyantes, prédateur carnivore qui entortille sa ponte sur une colonie de sa nourriture, la Godiva banyulensis est un animal bien implanté sur le
coralligène de la Moulade et qui ne peut pas passer inaperçu.
Ce jour-là, le panneau devant le club ne porte plus le message de promotion de la sortie éveil. Il annonce la visite
de Patrice Strazzera (link) pour une séance de dédicaces.
Petit
flash-back...
Il y a un peu plus d’une décennie, je
visitais certains sites de plongée de la côte catalane depuis 2 ans et je n’avais eu que quelques très rares occasions de n’aller voir des épaves locales que le Saumur et l’Astrée. La plus grande
partie de l’année, contraint par des obligations estudiantines, j’étais bien loin de là, beaucoup plus au nord. Les sorties de mon club de plongée se faisaient habituellement en Bretagne et sur
la côte d’azur. A l’époque, cherchant des documents sur le monde marin et la plongée, je découvre en vente par correspondance un petit livre parlant de la plongée sur les épaves de la côte
catalane et intitulé Le Sommeil des Epaves. Je le commande sans savoir que l’image en couverture est le pont arrière de l’Alice Robert, ni que cet ouvrage deviendra
collector…
Patrice Strazzera venait de publier un
premier opus racontant pour chaque épave la plongée qu’on peut y faire, avec quelques images à l’appui. Depuis est parue (notamment) une série d’albums de photographies d’épaves d’ici et
d’ailleurs.
A l’heure du goûter (aucun sous-entendu !), Patrice arrive avec son matériel. Le temps de se préparer, de
vérifier le mélange et on embarque sur l’Antares, direction le Bananier.
Arrivés sur site, nous sommes seuls sur une mer d’un bleu profond et qui semble calme. En réalité, il y a un peu de
jus…
Patrice prépare son matériel photo puis Sylvain l’aide à s’équiper.
Ca en fait du matériel, des tuyaux, des sangles…
Nous plongerons Leila, Vanessa, Patrice et moi. Tenant fermement le bout, nous descendons vers
l’épave…
Quelques mètres au-dessus du château, la couche d’eau change et la visi se réduit considérablement. Tout devient
trouble, glauque.
On pourrait penser que c’est l’effet de l’azote, mais dans ce cas mon appareil photo est narcosé lui aussi !
Les formes, en ombres chinoises, ne sont pas bien nettes.
Après avoir fait l’aller-retour jusqu’à la proue, puis longé le château sur tribord jusqu’à ce qui devait être un
petit atelier sur le pont arrière, nous remontons sur le dessus du château. A côté d’une des citernes, nous regagnons le bout de balisage.
Patrice nous a prévenu de son profil de remontée (avec un palier profond) différent du nôtre. Il profite de sa
position pour immortaliser la palanquée.
Il nous rejoint un peu plus tard à notre palier.
Puis il est temps de rentrer pour la séance de dédicaces !
Le moment de la dédicace est avant tout un moment de rencontre et d’échange. C’est l’opportunité de questionner et
de s’informer. Et la première dédicace est faite sur un exemplaire du Guide de la plongée tek, sujet très intéressant pour tout plongeur qui souhaite élargir sa connaissance des techniques mais
également s’ouvrir à des pratiques qui ne sont pratiquement pas enseignées dans le cursus classique des formations de la plongée loisir et qui pourtant mériteraient bien, selon moi, d’être plus
largement diffusées.
Et tant qu’à être là, autant demander à garder sur son carnet une trace de cette sortie sur le
Bananier…
Puis tour à tour les dédicaces des albums se succèdent
L’album Mémoires a du succès. Il regroupe des photos d’une vingtaine d’épaves dont les épaves catalanes que nous aimons visiter très régulièrement.
En plus de la dédicace, Patrice offre aussi une de ses photos et Vanessa n’oubliera pas sa petite sœur la Judokate
palmée (link) qui aurait beaucoup aimé être là…
Dix ans plus tôt, ses photos étaient en couleur. Depuis, ses albums rassemblent des images en noir et blanc. Les
ambiances sont différentes selon la clarté de l’eau et la visi. Les photos de ce petit avion au fond des eaux saumâtres me ramènent justement à l’atmosphère de notre plongée cette même
après-midi, glauque. Cette situation tranche avec les autres épaves qui sont révélées comme on a rarement l’occasion de les voir. De quoi laisser rêveurs les plongeurs-lecteurs…
Enfin, Mathieu, en papa très investi dans l’éducation de sa fille Loreena, ne manque pas de l’associer à la
discussion. Je ne suis pas sûr qu’elle ait tout compris, mais après tout, il y a bien des parents qui font écouter de la musique classique à leurs enfants dans l’espoir qu’ils deviennent
musiciens…
Merci Patrice pour ta gentillesse et ta disponibilité. Bien sûr, on aurait pu souhaiter de meilleures conditions
de plongée, mais je me suis fait plaisir. Et après tout, si les épaves se livraient toujours à nous sans difficulté, toujours sous le même aspect, toujours dans la même ambiance, ne
perdraient-elles pas un peu de leur mystère ?
Merci d’avoir été là pour ceux qui aiment les épaves…
La veille, nous étions seuls et l’ambiance était glauque. Mais c’est le 15 août, jour d’affluence sur les routes et pour une fois, sur l’Alice Robert. Pour une fois, 4 ou 5 autres clubs-charters
ont décidé de larguer sur cette épave des dizaines de plongeurs. Pour une fois, c’est la cohue.
Parfois (rarement), le Bananier refuse de se montrer et reste dans un noir absolu. Pas un noir foncé, ni même un noir d’absence de lumière, non, un noir qui absorbe la lumière et l’étouffe,
jusqu’à celle de nos phares puissants rendus impuissants. Cette fois, c’est un peu le cas.
Nous descendons dans de l’eau gazeuse. Nous passons la thermocline et quelques mètres plus bas je vois quantité d’éclats faibles de phares en tous sens. Nous entrons dans la purée et nous
arrivons sur le château. Autour de nous, des palanquées, partout, là, autour du bout de balisage. Nous les laissons et partons explorer l’épave là où ils ne sont pas (arrière, coursives,
passerelle, cales avant…). Nous remontons au bout et nous regagnons la couche d’eau claire. A ce moment, c’est un spectacle étonnant : ça remonte de partout ! Sortant de la touille sans
avoir retrouvé le bout, palanquées perdues, plongeurs sur octopus et assistés, c’est la foire dans une cathédrale de bulles. Nous ferons nos paliers à l’écart du bout surchargé de grappes de
plongeurs bien mûrs…
Inutile de frapper avant d’entrée, personne n’ouvrira. Et de toute façon, il n’y a plus de porte… Les parties habitables sont celles qui souffrent le plus des effets combinés du temps, de la mer
et des hommes (filets, ancres, plongeurs). Les minces cloisons s’écroulent. La corrosion ronge les montants, jusqu’à les mincir à l’extrême, avant qu’ils tombent et disparaissent, dilués. Sur
l’Astrée, un support de hublot survit encore à ce grignotage du temps ainsi qu’à la cupidité des visiteurs avides de remonter un magnifique trophée à poser sur une étagère, entre une assiette
avec des coquillages peints et une boule à neige de la tour Eiffel… Il tient encore. Il résiste mieux que son support réduit en dentelle aux mailles de plus en plus larges. Sera t-il encore là la
saison prochaine ?
Comme le château, même si cela semble moins rapide, la proue du Saumur porte des signes de dégradation. Des plaques de tôle manquent et d’autres n’ont de la solidité que l’apparence. Les
ancres, à poste, sont encroûtées. Le gros treuil n’entrera plus en action. Ce navire a définitivement mouillé là. Mais sa proue est toujours dressée, verticale, sur cette surface de sable qu’elle
semble fendre dans un mouvement figé. Le Saumur effectue son dernier voyage, un voyage immobile.
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