Pétrolier géant massif ou vedette rapide élancée, la silhouette d’un bateau peut évoquer à la fois sa fonction et son comportement sur l’eau. Les lignes et les proportions de ses structures donnent une impression générale. Avec presque 90 m de long pour 15 m de large, l’Alice Robert ne semblait pas spécialement taillé pour la course. Pourtant, la puissance de son moteur lui permettait une vitesse de plus de 15 nœuds, ce qui n’était déjà pas mal pour un navire de ce genre. Cette puissance sera utilisée lors de sa seconde vie, celle de navire d’escorte équipé pour la chasse anti-sous-marine et la protection antiaérienne. Pour intégrer la Kriegsmarine, l’Alice Robert a été modifié : la dunette a été refaite, un mât a été supprimé et des tourelles portant les canons ont été greffées, ajoutant au nouveau profil des verrues champignonesques. L’assemblage des lignes verticales et horizontales ainsi que les perspectives du schéma général de la silhouette ont été remodelés. Puis survint le naufrage et le navire commença sa 3e et probable dernière vie, celle d’épave. Au cours du temps, les structures subissent le vieillissement et peu à peu, graduellement, la silhouette se transforme (voir Evolution ).
Lors de la descente verticale sur l’épave, la première vue peut être trompeuse : du dessus, tout semble plus ou moins écrasé.
C’est en descendant au niveau des ponts que les volumes ressortent.
L’épave est toute en longueur. Le château, édifice de plusieurs niveaux, s’affaisse et s’écroule, gommant progressivement de la silhouette le relief principal.
La verticalité se retrouve encore dans les quelques bossoirs et le mât toujours dressés.
Les structures rajoutées pour l’armement guerrier résistent plutôt bien, même si ce qu’elles supportent est plus fragile et abîmé. Ces tourelles et surélévations de canons saillent des ponts :
- canons de 105 mm à l’arrière et à la proue :
- canons de 37 mm sur les tourelles de part et d’autre du mât :
Entre ces excroissances, les perspectives planes sont à peine brisées par des objets plus résistants que les plaques des ponts.
Il y a un point de vue duquel le navire prend une dimension et une allure très différentes. Les formes s’estompant dans les bleus et verts, l’étrave de l’Alice Robert semble surgir de la brume, ses ancres à poste et son canon de proue pointé vers le large.
Dans son dernier voyage, malgré les stigmates de la vieillesse, l’Alice Robert garde une allure et un pouvoir d’attraction mystérieux.

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