Mercredi 23 avril 2008 3 23 /04 /Avr /2008 20:50
Au cours des 7 épisodes précédents, les différentes espèces présentées étaient presque toutes relativement facilement identifiables grâce à leurs couleurs, leurs formes, leurs papilles… Cette fois, les nudibranches seront tous bleus avec du blanc et du jaune. Il faut parfois au plongeur curieux un sens aiguisé de l’observation. Et même lorsque l’on sait ce qu’il faut regarder pour identifier, ça n’est pas toujours si simple…

Donc, je me lance, soyez indulgents… :S

Commençons par un local : Hypselodoris fontandraui. Pourquoi ce nom ? Le nom d’espèce aurait été formé sur le nom Font-Andrau, à côté de Banyuls. L’utilisation de la localisation géographique d’origine, bien que théoriquement à éviter, est fréquente. Cet animal a été observé de l’ouest de la Méditerranée jusqu’aux Açores. Pour donner une idée des difficultés de dénomination, il a été appelé Glossodoris fontandraui et on le trouve nommé Hypselodoris messinensis dans un livre que je trouve d’habitude assez bien fait. Peu importe le nom, l’animal ne change pas.


Il a les rhinophores bleus, les branchies bleues avec des liserés jaunes, une ligne dorsale qui se termine à l’avant des rhinophores en forme de T et surtout des taches bleu ciel de part et d’autre de la ligne dorsale médiane ainsi que des lignes discontinues sur les flancs. Les motifs peuvent varier significativement entre les individus.


Carnivore, il se nourrit d’éponges Dysidea avara. La ponte est un fin ruban d’œufs jaune-orange.

Il ne faut pas confondre Hypselodoris fontandraui et Hypselodoris tricolor, c’est-à-dire qu’il ne faut pas faire comme pas mal de monde… D’ailleurs, même les collègues taxonomistes ne sont pas d’accord sur le nom tricolor et une partie d’entre eux veut imposer le nom midatlantica. J’ai toujours gardé à l’esprit les quelques cases de la BD Garulfo dans lesquelles on voit la grenouille (encore une histoire de prince et de grenouille) disant (oui, elle parle, mais c’est normal, c’est une histoire de prince et de grenouille) « la peste soit de ces savants naturalistes qui vous nomment une espèce sans lui demander son avis ». Bref, cela illustre tout à fait ces querelles de spécialistes qui ont une fâcheuse tendance à oublier le principal : la  bête. Donc, Hypselodoris tricolor :


Présent dans l’ouest de la Méditerranée et jusqu’aux portes de l’Atlantique, comme son parent H. fontandraui avec qui il partage le même déjeuner. H. tricolor est également bleu. Sa ligne médiane dorsale est épaisse et accompagnée de points blanc-jaune. Les rhinophores sont bleus et les branchies, bleues également, ont un liseré jaune. Différence importante : une seule ligne continue blanc-jaune sur les flancs.



Plus simple dans la décoration, Hypselodoris orsinii :


Vous le trouverez aussi nommé H. tricolor dans le livre que j’ai évoqué plus haut et H. coelestis dans un autre livre que j’aime bien consulter. Mais alors ? H. orsinii est le nom actuel à utiliser. Gageons que dans un futur indéterminé il changera encore… La peste soit de ces savants naturalistes… :p
C’est le plus petit des 3, enfin, à l’age adulte, avec tout juste 2 cm. Habitant l’ouest de la Méditerranée, il se nourrit de l’éponge Cacospongia. Ses branchies et rhinophores sont uniformément bleus. Une fine ligne médiane blanche et un bord de manteau jaune sans autres traces permettent de le différencier des individus adultes des deux espèces précédentes. Car, oui, je ne l’ai pas dit, mais les jeunes peuvent faire des variations sur le thème de la décoration…



Ces 3 espèces bleues à lignes blanches et jaunes ne sont pas les seules à fréquenter nos eaux, mais je n’ai pas actuellement d’images des autres espèces pour semer ici un peu plus la confusion dans l’esprit du plongeur-lecteur qui se trouvera plus tard face à des nudibranches forcément moins faciles à identifier in situ. Pour tenter de lever le voile de la confusion, une seule solution : prenez des photos ! Faites de belles macros ! Et partagez ensuite avec vos amis palmipèdes. Non, pas les canards, les plongeurs… Ah la la… La taxonomie…

Par Homo palmus - Publié dans : billet faunistique
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Jeudi 17 avril 2008 4 17 /04 /Avr /2008 19:11
J'ai ajouté une trentaine d'images dans l'album "faune sous marine en Roussillon" et une dizaine d'images dans l'album "nudibranches". Elles proviennent pour la plupart des articles mais leur regroupement permet de feuilleter quelques pages de l'énorme album de la diversité locale et, j'espère, de prendre simplement un peu de plaisir visuel virtuel en attendant de retrouver le plaisir visuel in situ.
Si certains ont envie de partager leurs images sous-marines sur ce blog, qu'ils n'hésitent pas à me les envoyer (Homo_palmus@after-dive.net) et j'ouvrirai un album de contributions.
Par Homo palmus
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Mardi 8 avril 2008 2 08 /04 /Avr /2008 00:14
On se colore le bout des papilles, on se fait des lignes tout le long du corps, on se laisse pousser des papilles globuleuses… Et parfois, on se pare d’une robe mauve à pois jaunes. C’est à cela que l’on reconnaît le doris tacheté mauve Chromodoris luteorosea.


C’est le genre d’animal méditerranéen qui ferait pâlir d’envie des proches parents tropicaux moins colorés.
Le doris tacheté mauve se nourrit d’éponges, mais je n’ai pas trouvé de quelles espèces pour, encore une fois, aider le plongeur à chercher l’animal en trouvant d’abord son déjeuner.

Mauve et jaune, ça peut aussi se combiner plus classiquement en rayures, comme pour le doris de Krohn Chromodoris krohni, que l’on identifie à ses 3 lignes jaunes le long du dos.


Ce nudibranche se nourrit également d’éponges, du genre Ircinia.

Les nudibranches et leurs proches parents mollusques sont souvent d’une inventivité esthétique fabuleuse. Certains cependant font preuve du plus parfait dénuement. François, toujours à l’affût, l’œil perçant, est passé maître dans l’art de les débusquer, même les plus rares d’entre eux, les plus difficiles à surprendre. Il m’a envoyé mardi dernier une photo de sa dernière immersion (à la moulade, dans à peine 5m). Vous reconnaîtrez un Helix guillonensis adulte.


C’est un proche parent marin d’Helix pomatia, l’escargot de bourgogne que la gourmandise des Français a si bien décimé qu’il a fallu le protéger. Aujourd’hui, on l’importe pour assouvir l’envie gastronomique des compatriotes… Espérons que le cousin marin Helix guillonensis restera longtemps encore à l’abri de l’appétit des catalans, au moins.
Par Homo palmus - Publié dans : billet faunistique
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Jeudi 3 avril 2008 4 03 /04 /Avr /2008 00:01
Veille de week-end. Le port est très calme, presque désert. En contrebas, sur l’Endavant amarré au ponton, une silhouette familière est affairée à une tâche qui sera répétée un très grand nombre de fois durant les 8 prochains mois.


Malheureusement, il n’est pas encore possible d’adapter le bateau pour fonctionner à l’énergie solaire ou éolienne. Nous connaissons bien quelqu’un du coin qui a fixé sur l’avant de son hors-bord une  mâture de planche à voile. Mais de son propre aveu, les 2 heures (contre une vingtaine de minutes d’habitude) pour rentrer de la réserve sont un peu longues…  Cependant, j’avais évoqué des changements et un mystérieux gros carton. Le bateau a reçu une amélioration que beaucoup de plongeurs avaient réclamée :


Une échelle ! Je n’épiloguerai pas sur les scènes cocasses de plongeuses ne parvenant pas à remonter à bord à la force des bras et devant nécessairement faire appel à l’aide des plongeurs (qui, eux, ont réussi à remonter), aide que ces derniers apportaient avec un empressement évident, allant même parfois jusqu’à s’excuser d’avoir remis la belle à l’eau pour le simple plaisir de l’aider à nouveau… Le plongeur n’est-il pas un parfait gentleman ? Notez également le montage du roll bar qui devrait supporter un beau pavillon alpha…

Samedi matin. Un petit groupe constitué d’habitués pour la plupart est au rendez-vous. Chacun a sa propre motivation : venir faire sa formation de N1, torturer des stagiaires N1 de son club, essayer la nouvelle combi ou simplement reprendre les bonnes habitudes d’au moins une séance hebdomadaire de thalassothérapie :D Tout ce petit monde se retrouve dans la bonne humeur sur le bateau.


La météo annonce la levée dans la matinée d’une petite brise légère de nord-ouest, comprenez force 7 de tram, fraîchissant durant l’après-midi. Donc direction la moulade, site relativement protégé tant que la tram reste modérée. Sébastien chante durant le trajet : tout va donc bien.


La visi semble bonne. L’instant de vérité est arrivé pour chacun. Maurice est-il si terrible que ça quand il est plongé en eau salée (se demandent ses stagiaires qui le trouvent déjà terrible en eau chlorée ;-) ) ? Est-ce que l’eau est si froide que ça (pourquoi Sébastien a t-il hurlé en se mettant à l’eau le premier ?) ? Est-ce que la combi toute neuve choisie pour ses couleurs protège aussi du froid ? Qui a oublié son masque :p ? Qui n’a pas de gants :p ? Maurice, qu’est-ce que c’est que cette nouvelle fuite (en plus des autres) ? Echange de regards éloquents entre ses deux stagiaires N1… C’est la rentrée…


La visi est effectivement très correcte. Le parcours dans la faille se fait le long de la paroi verticale tapissée de gorgones et de grands spirographes aux panaches sortis. Ces vers, qui balancent lentement au rythme du mouvement de houle à peine perceptible, apportent une sorte de grâce et de légèreté dans le paysage.


En s’approchant délicatement pour ne pas créer de mouvement d’eau brusque qui provoquerait sa rentrée dans le tube, on peut librement observer en détail le panache en spirale qui sert à la fois de branchies et à piéger la nourriture planctonique.


Nous irons dans la faille des corbs voir un gros congre et des nudibranches, nous croiserons un poulpe, nous suivrons un petit congre nageant devant nous… J’aime bien ce site car les rencontres y sont variées, de jour comme de nuit. La biodiversité y est importante et c’est un très bon endroit pour chercher les nudibranches et mollusques proches parents. Ainsi, presque sous le bateau dans 5 m, je suis resté à regarder deux tylodines jaunes en plein repas sur l’éponge qui constitue leur met favori.


Vous aurez bien sûr remarqué la présence à quelques centimètres d’elles d’un doris céleste…

Retour au port, tamponnage des premiers carnets de la saison et direction un resto voisin pour l’apéro et un petit repas au soleil pour une partie du groupe.
Nous avons d’abord cru à une erreur des prévisionnistes puisque le vent est tombé. Mais c’était une ruse des éléments ! Il s’est relevé, et bien… La mer a blanchi…


Et pendant le reste du week-end, ce sont les goélands qui ont pu jouer avec les bourrasques.


Le plongeur doit savoir être sage et accepter la loi des éléments. Cela ne signifie pas qu’il n’en tire pour autant aucune tristesse. Donc, le soir venu, il était nécessaire de se remonter le moral et en l’absence d’une présence féminine qui aurait à coup sûr modifié le choix du point de chute, nous avons pris une modeste mais calorique collation avant une bonne séance de ciné…



P.S. il en avait été privé durant tout l’hiver !!! :p ;-)
Par Homo palmus - Publié dans : vie du club
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Vendredi 28 mars 2008 5 28 /03 /Mars /2008 18:47
Le plongeur serait-il superstitieux ? C’est très probable. Sa passion subaquatique s’accompagne de rituels. Ainsi, le plongeur traduit parfois sous l’eau ses penchants par des manifestations plus ou moins artistiques selon des influences culturelles plus ou moins marquées. Voici quelques exemples :
- des marseillais rendent hommage à la BÔnne Mère : www.lecques-aquanaut.fr/images/vierge.jpg
- des Italiens honorent le fils de la Madonna (non, ce n’est pas un fils caché car trop barbu d’une célèbre vedette, c’est un type vachement plus vieux, quelque chose comme 2000 ans d’âge, paraît-il) : www.adacua.com/images/christupward.jpg (si problème avec le lien, copiez-le dans une autre fenêtre)
- des Américains ont également voulu le leur (pas si loin que ça de Cap Canaveral en navette : un lien avec la posture de la statue ?) : www.itsadive.com/Christ%206.jpg
- aux Antilles, moins religieux (nettement moins barbu aussi), mais témoignant d’une reconnaissance : www.cip-guadeloupe.com/images/cousteau/cousteau8.JPG
- plus animiste, chez nos voisins catalans du sud : fpguillon.chez-alice.fr/costa-brava/images/DSCN1410.jpg
Et alors, en Catalogne roussillonnaise ? Il y a eu, à une époque pas si reculée que ça, un lieu dit du côté de la moulade, la « cova del enano », qui a perdu depuis son idole, probablement victime du front de libération des nains de jardins… Quant au burro, ce fieffé entêté symbole de toute une région, pas question d’imaginer parvenir à en immerger un de son plein gré, même en bronze…
Il existe une sorte de Saint Graal, réceptacle d’un liquide à forte valeur symbolique ajoutée, d’une grande importance liturgique pour les plongeurs de retour des fonds marins pleins d’eau, qui en plus est salée. Ce Graal a été trouvé…
Après de nombreuses immersions hivernales, c’est par un frais matin qu’un petit groupe de plongeurs s’est à nouveau immergé en quête de cette chose convoitée. Au bout d’une heure de recherche et quelques orteils gelés ne répondant plus,  l’objet de tous les désirs est repéré. Là, sur le fond, parmi les algues et les gorgones, il attend depuis des temps immémoriaux !


C’est bien lui ! Impossible de se tromper. Il porte les signes : les inscriptions sont révélatrices.


Il faut s’approcher tout près pour découvrir la toute petite marque qui est à l’origine de cette liturgie dominicale (hors saison, beaucoup plus fréquente en haute saison). Regardez :


Ca ne vous dit rien ? 7C… Septième compétence ! Oui, plongeuses, plongeurs, la fameuse compétence 7... Rituel pratiqué à l’origine dans la région, et qui a connu une expansion géographique importante ces dernières années, colportée jusqu’en la capitale par certaine plongeuse brutalement convertie… ;-)
L’émotion de l’instant maîtrisée par les expérimentés plongeurs, l’objet est prestement récolté…


C’est ensuite avec une grande fierté que la précieuse relique a été remise en main propre au grand gourou local, ravi.


Depuis, il ne s’en sépare plus. Elle trône, bien en évidence, dans l’attente d’une cérémonie rituelle officielle que je ne manquerai pas de vous raconter…


(merci à François pour son initiative et sa participation à toutes les étapes de cette histoire)
Par Homo palmus - Publié dans : vie du club
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