Le bateau était amarré à l’une des bouées fixes de la Moulade, au pied du fort Miradoux surplombant Collioure. La mer était calme. Un autre bateau de plongée était amarré non loin de nous à une autre bouée.
Nous avons visité la faille dite « des corbs » et photographié le syngnathe qui y loge depuis quelques mois. L’explo nous a ensuite conduits sur une première patate de coralligène, puis sur une seconde distante de quelques mètres. La visi n’était pas exceptionnelle, 5 à 6 m peut-être. Nous nous sommes dirigés vers une troisième patate tout en gardant à main gauche le bas du relief rocheux, toujours entre 15 et 16 m de fond. C’est alors que nous avons vu arriver sur nous un nuage turbulent de crasse. Un gobelet en plastique déchiqueté est passé entre nous, au milieu de quantité de débris végétaux et de faune fixée arrachée. En un instant, la visi est devenue nulle. Nous nous sommes repliés vers la patate précédente. Le temps d’apercevoir le mérou qui s’y abrite depuis 2 saisons et le nuage crasseux nous avait rejoint. Nous avons regagné la roche et c’est à l’abri du canyon, sur 9 m, que nous avons retrouvé des conditions plus calmes.
Quelle était la raison d’un tel phénomène si soudain, si violent ? Sur le moment, je m’étais souvenu d’une expérience similaire à l’occasion d’une plongée de récupération d’objet sous le ponton dans le port. Une explication s’est présentée à notre retour en surface. A quelques dizaines de mètres à peine des bateaux de plongée, un pêcheur manoeuvrait son bateau avec vigueur, travaillant son filet après avoir déposé la balise d’une des extrémités absolument contre la roche de la Moulade.
Pardon pour la mauvaise qualité des photos, j’étais en réglages pour le fond et dans l’action, je n’ai pas pensé à les modifier.
L'extrémité du filet est contre la roche de la Moulade recouverte de quelques dizaines de cm d'eau :
Le pêcheur manoeuvre vivement pour travailler son filet au-dessus du coralligène :
La mer est petite, il n'y a pas assez de place pour tout le monde :
Mépris du site de plongée occupé par les plongeurs présents avant lui sur place, mépris des règles de sécurité, mépris de l’écosystème de ce site, mépris de la vie humaine...
Pourquoi avoir des mouillages fixes pour ne plus abîmer les fonds ?
Pourquoi avoir un pavillon alpha et une réglementation associée censée protéger les plongeurs ?
« Notre religion n'a point eu de plusassuré fondement humain que le mépris de la vie. » Montaigne, extrait des Essais
Quelle est la religion de ce pêcheur ? La religion, cette chose à laquelle on croit sans raison. La mer est à lui tout seul ? Les autres n’ont rien à y faire ? Et certainement le « je travaille, moi ».
« L'envie et le mépris sont des alliés naturels. »
Lao She, extrait d’Un fils tombé du ciel
Simple mépris d’un esprit borné, ou mépris d’un esprit borné peut-être un peu plus désespéré chaque jour de devoir ratisser des fonds de moins en moins productifs ?
Bien sûr, on peut découpler les 2 événements, le remue-ménage sous l’eau et l’activité de pêche depuis la surface pile au-dessus. Si quelqu’un avait une explication possible sur le phénomène turbulent violent localisé et brutalement apparu, ça m’intéresse, je veux bien l’entendre. Mais ça n'excuse en rien l'action de pêche.
Pour avoir un autre exemple de l’esprit de sympathie, de partage, de bonne humeur, de gentillesse de certains pêcheurs, il y a cette histoire : link

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