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épave

Jeudi 25 novembre 2010 4 25 /11 /Nov /2010 01:26

 

 

Le constat.

Malgré l’invention de la photographie couleur au XIXe siècle, il faut attendre la seconde guerre mondiale pour que cette technologie se répande. Donc jusque-là, et encore un peu plus tard, l’histoire en images photographiques est en noir et blanc.

Lorsque nous visitons les épaves catalanes, à moins d’avoir de l’éclairage artificiel, nous évoluons dans des bleus et des verts parfois très foncés. Les photos d’ambiance sont dans ces tons, ou en noir et blanc, selon le goût du photographe.

En conclusion, un amateur des épaves de cargos de la côte Vermeille trouvera soit des photos en noir et blanc dans les quelques livres traitant de l’histoire de ces navires avant leur naufrage, soit des photos en camaïeux de bleus ou de verts, voire en noir et blanc dans les albums de référence (voir Diaporama Sommeil des Epaves pour les 20 ans de Port Argelès ).

Mais qui connaît les véritables couleurs des bâtiments à l’origine ?

 

La petite histoire.

Il y a quelques jours, un visiteur du blog dépose un commentaire qui me laisse à la fois perplexe et surpris. Il a un tableau, peint 30 ans jour pour jour avant ma naissance, représentant un navire que je connais assez bien. C’est un tableau oublié durant des années dans sa cave et récemment exhumé. Il se propose de m’envoyer des photos de la toile, ce que j’accepte avec joie et une certaine impatience. Dès le lendemain, je reçois cette image :

 

Alice Robert peinture

 

Pour la première fois, je contemple le Bananier en couleur tel qu’il était en janvier 1941, moins de 2 ans avant sa réquisition et transformation en bâtiment militaire par l’armée allemande. Le dos de la toile indique le lieu et la date :

 

Alice Robert peinture dos

 

Les questions.

La signature du peintre n’est pas facilement identifiable et je n’ai pas encore pu trouver trace de cette personne. La toile porte aussi au dos un tampon avec ancre et caducée, symboles de la marine et du commerce. Pas d’information non plus sur un peintre officiel de la marine marchande de cette époque dont le nom pourrait correspondre. J’aimerais en savoir plus sur l’auteur, sur les circonstances de la peinture et sur son histoire jusqu’au fond de cette cave !

 

En jouant au jeu des erreurs, quelques détails différencient la photo du jour du lancement dans « Les Epaves de la Côte Vermeille » d’Hervé Levano, la photo signalée d’avant-guerre dans « Les Naufrages en Languedoc-Roussillon » de Jean-Pierre Joncheray et cette peinture de 1941. Qui saura les trouver ? J’en compte 3, dont une qui provient peut-être simplement d’une erreur de montage de livre. Par ailleurs, si je me réfère au texte d’Hervé Levano, le Bananier avait été armé de 2 canons de 90 mm après sa réquisition par l’état français en 1939 mais avant son passage aux mains des Allemands en décembre 1942. Or, je n’en distingue pas la trace sur la peinture. L’armement a t-il donc été installé après janvier 1941 ?

 

La chaudière, la timonerie, la ligne de flottaison, les structures sur les ponts… Pour moi, avec cette peinture, l’Alice Robert a regagné un peu plus de vie. Je tiens donc à remercier très vivement les personnes qui ont exhumé cette toile, cherché à savoir l’histoire de ce bateau et permis de partager ce souvenir en couleur.

Par Homo palmus - Publié dans : épave
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Mercredi 17 novembre 2010 3 17 /11 /Nov /2010 23:55

 

 

Il fait sombre, très sombre. Pas à cause d’une thermocline avec changement de masse d’eau, la température n’est pas très différente de celle à la surface. Mais l’eau est chargée, non de grosses particules, ni de cette touille brouillasseuse, non, chargée de particules très fines mais qui piègent efficacement la lumière du jour.

La progression sur l’épave est lente, à la lumière du phare. Dans un espace de vide noir entre 2 poutrelles des cales avant, des barreaux émergent un instant dans le halo lumineux. Vision fugitive d’une échelle se perdant dans un trou sans fond…

bananier 11110 barreaux

Après la tourelle portant le canon bâbord, les bittes d’amarrage sortent à peine de l’obscurité.

bananier 11110 bittes

C’est comme si cette pénombre s’était encore épaissie à mesure que nous approchons du château que nous rencontrons sur son angle bâbord. Et là…

Je ne pensais pas avoir raison si rapidement. Constatant une évolution accélérée, j’avais prédit la chose début octobre (voir Flux et reflux sur l’Alice Robert ), 10 mois après un billet d’humeur dans la presse plongée.

Le château s’est écroulé sur lui-même, faisant descendre le plafond au niveau du bastingage.

bananier 11110 angle babord

Afin de mesurer l’ampleur des dégâts, je traverse le pont vers l’angle tribord. Il semble ne pas avoir autant souffert et les formes sont familières.

bananier angle tribord

Le survol en rase-mottes du château conduit à une image étonnante : l’effondrement a eu pour effet de faire ressortir la cheminée ! Jusqu’alors, elle était coupée au ras du plancher (voir Session épaves. 2 : l’Alice Robert (2/2) ). A présent, elle dépasse d’un bon mètre.

bananier 11110 cheminee

En redescendant sur bâbord pour longer la coursive, l’aplatissement est bien visible : l’espace restant entre plancher et plafond est à peine plus grand que la hauteur du bastingage duquel dépasse ce qui devait être un support de main-courante (au premier plan).

bananier 11110 coursive babord

Dorénavant, il sera plus difficile d’aller voir si un congre somnole dans la baignoire…

Il est temps de remonter lentement et de retrouver la lumière d’une ambiance laiteuse.

bananier 11110 palier

Durant le palier, je me représente mentalement ce que j’ai vu par petits bouts dans cette pénombre. La visite m’aura permis d’évaluer grossièrement l’ampleur de la catastrophe. Il faudra redescendre dans de meilleures conditions afin de bien mesurer ce qui a été irrémédiablement modifié et surtout comment les choses risquent de changer à l’avenir.

Il y a beaucoup de lambeaux de filets sur ce côté bâbord du château… Quelque chose me dit que l’on peut faire confiance à ceux qui semblent aimer casser et perdre leur outil de travail pour qu’ils continuent…

Par Homo palmus - Publié dans : épave
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Samedi 9 octobre 2010 6 09 /10 /Oct /2010 17:57

La météo sur les épaves du Roussillon est très changeante et bien malin est celui pouvant prédire avec justesse les conditions de plongée avant d’avoir les vestiges en vue. Depuis des années, malgré les tentatives de corrélation entre paramètres climatiques de surface et visi constatée au fond, rien n’y fait.  Les conditions sont à ce point changeantes que quelques minutes suffisent à transformer l’explo. Exemple en images.


 

Ce matin-là, la visi depuis la surface ne semble pas terrible. La descente commence et je cherche le mât, comme d’habitude. Il apparaît assez rapidement sur le côté, en dessous de nous.

bananier 190910 mat

Le temps de s’approcher de la flèche et les conditions changent : 15 m plus bas, la vue est soudainement dégagée sur tout le pont avant !

bananier 190910 cale avant

Nous nous dirigeons vers la proue. Au passage, je me retourne pour prendre le mât entouré d’une nuée de poissons.

bananier 190910 mat 1

Le canon est bien dégagé sur son support. Mes 2 collègues de palanquée prennent la pose pour un petit souvenir à côté de cette grosse pièce d’artillerie recouverte de lambeaux de filets.

bananier 190910 canon avant

bananier 190910 canon avant 2

Je constate alors que le mât disparaît dans la brume ! Nous remontons le pont côté bâbord et au passage entre le mât et la tourelle bâbord, j’observe cette brume qui s’élève du fond pour recouvrir le pont.

bananier 190910 tourelle avant babord

Alors que nous continuons vers l’arrière, la brume a recouvert le pont avant jusqu’au ras du dessus du château.

bananier 190910 chateau 1

La tourelle portant le double canon sera-t-elle engloutie elle aussi ? A notre arrivée, elle dépasse encore de cette nappe envahissante.

bananier 190910 tourelle double canon

bananier 190910 tourelle double canon 1

Nous poursuivons jusqu’au canon arrière qui émerge encore de la couche brouillasseuse.

bananier 190910 canon arriere

bananier 190910 canon arriere 1

bananier 190910 canon arriere 2

Il est temps de songer au retour vers le bout. Nous laissons cet ilot de ferraille encroûtée dans sa mer de brume.

bananier 190910 canon arriere 3

Nous rejoignons la tourelle portant le double canon qui apparaît plus dégagée qu’à l’aller.

bananier 190910 tourelle double canon 2

En quelques instants, le temps de 2 clichés et de parcourir quelques mètres, l’arrière du château se nettoie.

bananier 190910 chateau arriere

bananier 190910 citerne

La brume reflue, s’écoule de l’épave, libérant le château, les bossoirs et les coursives.

bananier 190910 bossoir

bananier 190910 coursive babord

A l’angle du château, la coursive inférieure est dégagée tandis que je réprime l’envie de jeter un œil à l’intérieur de la coursive supérieure. Au passage, je constate l’allure penchée de la structure qui me rappelle celle du Saumur quelques mois avant son écroulement…

bananier 190910 angle chateau babord

bananier 190910 angle chateau 1

La situation sur le pont avant s’améliore également, quoique peut-être plus lentement. La tourelle bâbord est presque libérée.

bananier 190910 tourelle avant babord 1

Alors que nous entamons la remontée, la visi, quoique moins belle qu’à notre arrivée,  s’étend à nouveau du mât jusqu’au canon de proue.

bananier 190910 cales et canon avant

Tout cela s’est déroulé en l’espace de 18 minutes. Les flux et reflux du brouillard ont été rapides. Comment prévoir de tels changements ? Mais dans le fond, est-ce si important ? Bien sûr, on souhaite toujours avoir la meilleure visi. Mais cet état changeant a modifié ma perception, tout au long de la plongée, de l’épave et des ambiances. Et ce n’est pas forcément un mal…

Par Homo palmus - Publié dans : épave
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Dimanche 3 octobre 2010 7 03 /10 /Oct /2010 01:46

 

Il était une fois. Les contes commencent souvent comme ça. Et puis il y a une belle princesse, un charmant et courageux héros, un château magnifique où tout brille et scintille sous un ciel azur et, bien sûr, un affreux méchant quelconque dont le héros se débarrasse vite fait en cours d’histoire pour retrouver au plus vite sa princesse car il ne veut pas rater la finale du tournoi et que pour en profiter pleinement, elle doit, comme à chaque retour, lui apporter ses pantoufles avec un verre de banyuls et quelques olives.

 

C’est là que tout déraille…

 

L’atmosphère est glauque dans ce brouillard qui enveloppe le château ruiné dont les murs sont écroulés.

st lucien 180910 chateau

st lucien 180910 hublots

 

Nulle ambiance festive dans le silence où nagent les seuls habitants à livrée colorée.

st lucien 180910 chateau 1

 

Ironie de la situation : une baignoire, pleine de vase, entourée d’eau.

st lucien 180910 baignoire

 

Onagre ? Baliste ? Trébuchet ? Une forme indistincte se dessine loin devant.

st lucien 180910 dunette

 

Est-ce le reste d’une partie du mécanisme d’orientation du gouvernail ?

st lucien 180910 dunette 1

 

Depuis le safran, l’édifice n’est qu’une masse sombre dans cet univers gris-vert.

st lucien 180910 poupe

 

La paroi, fragile, perd ses rivets et bientôt se déboutonnera.

st lucien 180910 coque poupe

 

C’est dans ce lieu sans ciel bleu, sans scintillement, sans soleil, sans chaleur que Ramoucho a emmené sa belle !

st lucien 180910 sonia-ramoucho 1

 

Mais qu’allait-elle donc faire dans cette galère ? Pardon, cette épave de cargo. C’était sa première. Côté romantisme, il y a mieux que le Saint Lucien pour une promenade en amoureux. Allez savoir pourquoi, par quel mystère, elle a suffisamment aimé ça pour recommencer le lendemain.

Comme quoi, il ne faut pas prendre les contes au premier degré : marbres et dorures, palais des mille et une nuits, robes et bijoux ne sont que des images représentant l’aveuglement dans lequel se trouvent les âmes éperdues (narcosées), dans un autre monde (le pays des bisounours), toutes à leurs rêves et donc incapables de voir la réalité…

 

Mais comme le carrosse se changeant en citrouille, une fois à la surface, tel qu’en la fable, adieu banyuls, pantoufles et olives…  Pauvre Ramoucho !

 

Euh… En principe… Les contes se terminent par « ils vécurent heureux et eurent beaucoup de petits plongeurs »…

Par Homo palmus - Publié dans : épave
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Jeudi 9 septembre 2010 4 09 /09 /Sep /2010 23:38

Le Saumur : le long bâtiment. La plus longue épave de la Côte Vermeille a pris un gros coup de vieux l’an dernier lors de l’effondrement de l’intérieur du château et la chute de la cloison de la salle de bain.

 

Le bout de balisage conduit encore sur tribord à proximité de la salle de bain. La cloison repose sur la baignoire et le lavabo est toujours posé sur le sol contre un petit radiateur encore debout.

180710 saumur salle de bain

 

Le trou béant du château n’a plus qu’un contour très partiel. Il ne reste presque plus rien du cerclage de la cheminée. Les parois qui résistent sont totalement exposées et je doute qu’elles subsistent encore longtemps.

180710 saumur chateau

 

Les treuils, eux, ne risquent pas grand-chose. Leur masse collée au pont s’écroulera avec le pont, pas avant. Les bases des mâts de charge et des manches à air semblent solidement rivées sur place.

180710 saumur treuil

 

A la proue, l’attraction de l’épave sur bâbord du gaillard d’avant fait souvent négliger la visite de l’environnement proche de la mitrailleuse. Adossée à la cloison du gaillard, une ancre de forme classique se fond dans le décor encroûté. Est-ce son jas démonté qui est appuyé contre elle ?

180710 saumur ancre de secours 1

180710 saumur ancre de secours

 

Une visite du local sous le gaillard d’avant permet de mesurer l’état de fragilité de la structure. Un fouillis de câbles et matériaux divers rend la progression délicate. La lumière passe à travers les multiples ouvertures dans le plafond aussi bien que dans les parois.

180710 saumur gaillard avant

180710 saumur gaillard avant 1

 

Cette fragilité rappelle celle du Saint Lucien. L’état du Saumur est trompeur, lui aussi. Je crains que dans un avenir très proche cette épave ne perde d’abord tout relief de son château et que la coque subsiste telle une très longue barge. Le gaillard d’avant est fragilisé. Combien de temps l’emblème de cette épave subsistera t-il sur sa tourelle dressée ?

Par Homo palmus - Publié dans : épave
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