Le constat.
Malgré l’invention de la photographie couleur au XIXe siècle, il faut attendre la seconde guerre mondiale pour que cette technologie se répande. Donc jusque-là, et encore un peu plus tard, l’histoire en images photographiques est en noir et blanc.
Lorsque nous visitons les épaves catalanes, à moins d’avoir de l’éclairage artificiel, nous évoluons dans des bleus et des verts parfois très foncés. Les photos d’ambiance sont dans ces tons, ou en noir et blanc, selon le goût du photographe.
En conclusion, un amateur des épaves de cargos de la côte Vermeille trouvera soit des photos en noir et blanc dans les quelques livres traitant de l’histoire de ces navires avant leur naufrage, soit des photos en camaïeux de bleus ou de verts, voire en noir et blanc dans les albums de référence (voir Diaporama Sommeil des Epaves pour les 20 ans de Port Argelès ).
Mais qui connaît les véritables couleurs des bâtiments à l’origine ?
La petite histoire.
Il y a quelques jours, un visiteur du blog dépose un commentaire qui me laisse à la fois perplexe et surpris. Il a un tableau, peint 30 ans jour pour jour avant ma naissance, représentant un navire que je connais assez bien. C’est un tableau oublié durant des années dans sa cave et récemment exhumé. Il se propose de m’envoyer des photos de la toile, ce que j’accepte avec joie et une certaine impatience. Dès le lendemain, je reçois cette image :
Pour la première fois, je contemple le Bananier en couleur tel qu’il était en janvier 1941, moins de 2 ans avant sa réquisition et transformation en bâtiment militaire par l’armée allemande. Le dos de la toile indique le lieu et la date :
Les questions.
La signature du peintre n’est pas facilement identifiable et je n’ai pas encore pu trouver trace de cette personne. La toile porte aussi au dos un tampon avec ancre et caducée, symboles de la marine et du commerce. Pas d’information non plus sur un peintre officiel de la marine marchande de cette époque dont le nom pourrait correspondre. J’aimerais en savoir plus sur l’auteur, sur les circonstances de la peinture et sur son histoire jusqu’au fond de cette cave !
En jouant au jeu des erreurs, quelques détails différencient la photo du jour du lancement dans « Les Epaves de la Côte Vermeille » d’Hervé Levano, la photo signalée d’avant-guerre dans « Les Naufrages en Languedoc-Roussillon » de Jean-Pierre Joncheray et cette peinture de 1941. Qui saura les trouver ? J’en compte 3, dont une qui provient peut-être simplement d’une erreur de montage de livre. Par ailleurs, si je me réfère au texte d’Hervé Levano, le Bananier avait été armé de 2 canons de 90 mm après sa réquisition par l’état français en 1939 mais avant son passage aux mains des Allemands en décembre 1942. Or, je n’en distingue pas la trace sur la peinture. L’armement a t-il donc été installé après janvier 1941 ?
La chaudière, la timonerie, la ligne de flottaison, les structures sur les ponts… Pour moi, avec cette peinture, l’Alice Robert a regagné un peu plus de vie. Je tiens donc à remercier très vivement les personnes qui ont exhumé cette toile, cherché à savoir l’histoire de ce bateau et permis de partager ce souvenir en couleur.

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