Lundi 25 août 2008 1 25 /08 /Août /2008 16:51

Il en va des histoires comme du vent : qui peut dire d’où elles viennent ? L’inconnu imprègne de mystère les contours les moins nets de l’image que l’esprit forme à la suite des mots clés égrenés le long de phrases parfois ambiguës, jamais précises...

Depuis des mois, un souvenir dormait d’un sommeil agité dans la mémoire de Sylvain. Régulièrement, un prénom féminin revenait et parfois, tard le soir autour d’un verre entre amis, il confiait qu'il pensait à elle… Où était-elle à présent ? Qu’était elle devenue après ces années de disparition ? Et puis soudainement, il y a quelques jours, l’information est tombée brutalement : elle n’était pas loin, juste là… Enfin presque là… Un peu plus par là dirons-nous… C’était au petit matin. Pour Sylvain, la journée ne s’est pas écoulée, elle s’est étirée en longueur jusqu’à devenir aussi mince et robuste qu’un fil d’araignée, tellement tendue et tranchante qu’on aurait pu y couper un rêve en deux… En fin d’après-midi, il ne tenait plus : il fallait qu’il aille la retrouver…

Nous voilà donc Sylvain, Fabrice, Enzo, Ramoucho et moi longeant la côte catalane en cette fin de journée. Le soleil, encore haut, se reflète sur une mer calme d’un bleu profond.


Les indications de différentes sources ne pouvaient évidemment pas être d’une précision chirurgicale. Elle ne se livrerait pas si facilement. Pour la retrouver, il allait falloir encore un peu de patience et de chance. Après tout, Sylvain avait attendu quelques années, il pouvait bien accepter quelques instants de plus pour mériter la belle. Les yeux rivés sur le sondeur, nous ne voyons durant une dizaine de minutes qu’un profil aussi plat que l’électroencéphalogramme d’un plongeur narcosé au pays des bisounours. Enfin, une forme allongée se dessine ! Dormirait-elle couchée sur le côté ?

Second passage de repérage, marquage, largage de la gueuse, en quelques minutes Fabrice et moi nous sommes à l’eau. Nous descendons les premiers pour vérifier que ce n’est pas une roche trompeuse et qu’elle est bien là, juste en dessous de nous. L’eau est claire et chaude.
-18m, la thermocline est marquée.
-23m, nous entrons dans la soupe.
-30m, la descente se poursuit le long du bout que nous ne suivons désormais que grâce aux halos de nos phares.

Plus bas… : la gueuse est enfoncée dans la vase. La température est de 15°C et la visi est de l’ordre du mètre. A peine le temps de prendre le cap et nous tombons sur un enchevêtrement de plaques et cordages : elle est là !


Fabrice exulte et je partage son excitation : comment décrire cette prise de conscience immédiate que nous sommes très probablement les premiers à la rejoindre depuis son arrivée ici-bas ?

Il est difficile de se représenter la forme générale. La visi très réduite, l’enchevêtrement des structures et des nombreux filets rendent compliquée l’identification des parties.


L’épave constitue un récif artificiel grouillant de vie dans cette vaste plaine sous-marine à l’uniformité à peine perturbée par la verticalité des vérétilles turgescentes dressées sur quelques dizaines de centimètres.


Les spirographes sont groupés en bouquets encore plus nombreux que sur le Saint Lucien.


De grosses éponges se développent sur des plaques et poutres très exposées.


Autour de nous, ainsi qu’à l’intérieur de l’épave, les tacauds gardent leurs distances et fuient nos lumières, rendant presque impossible de révéler leur présence dans cette soupe épaisse de particules.


Accrochées aux filets, les comatules apportent leurs touches de couleurs vives dans cette ambiance glauque sur fond de gris et de verts.


Une autre semble s’être prise d’affection pour une ascidie blanche.


Il n’est pas nécessaire de fouiller bien longtemps pour apercevoir un congre, puis deux, puis trois, etc. Ils sont nombreux eux aussi.


Vient fatalement le moment où il faut entamer la lente remontée. Nous retrouvons la lumière, puis l’eau chaude.


Durant le palier, chacun peut se repasser le film de cette visite. Elle était bien là, juste en dessous. Elle y est toujours et l’envie de retourner la voir est évidemment lancinante, mais plutôt dans des conditions plus adaptées à la découverte…


Retour à la surface, remontée sur le bateau et rapides explications à Sylvain, Enzo et Ramoucho qui descendent sans tarder. A leur retour, la joie est générale sur le bateau : tout le monde s’est fait très plaisir. Ce n’est pas uniquement l’immersion, mais l’ensemble de l’histoire qui a produit cette sensation de plaisir intense.

Ça, c’est fait !

De retour au club, Caro prépare une petite douceur sucrée pour fêter ça, Sylvain sort d’on ne sait où une bouteille d’origine artisanale sans étiquette et la journée se termine tranquillement dans cette atmosphère conviviale où l’on évoque déjà le rêve de la prochaine à retrouver...


Il était une fois… Amandine…

 

L’an dernier, j’avais déjà rapporté quelques images, prises dans des conditions aussi difficiles, d’une autre épave : Epave mystérieuse…

 

 

Par Homo palmus - Publié dans : épave
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Jeudi 21 août 2008 4 21 /08 /Août /2008 13:41

C’est donc l’été, le temps de vacances à la mer, le temps de pratiquer des activités différentes.

L’été, c’est aussi la haute saison pour la plongée et pour une certaine forme de chasse que Ramoucho semble pratiquer avec une évidente habileté… (voir Carte postale d’Argelès-sur-mer : Ramoucho et la belle )

C’est comme cela qu’on se retrouve sur un bateau, habillé d’une combinaison en néoprène humide de la veille et une paire de palmes à la main (parce qu’on a vite compris qu’il vaut mieux les garder à la main pour le moment). Bien sûr, on peut tenter de faire croire que l’on est poussé par un profond intérêt pour l’histoire de la marine, l’histoire de la plongée ou même l’histoire de la côte catalane. Mais en réalité, c’est bien par l’histoire contée par Ramoucho que la jeune étudiante (en quoi ? :D) a été séduite… Ramoucho, quant à lui, est aux petits soins…

 

Arrivée sur le site. Le DP fait le briefing. Les plongeurs se mettent à l’eau, se regroupent et s’immergent. Restent sur le bateau Ramoucho et la volontaire pour la sortie éveil. Comment ça se passe (pour ce qui est de la sortie éveil, je veux dire… ;-)) ? D’abord, on se met à l’eau en PMT pour prendre la température et apprivoiser le matériel : ça flotte, le masque prend des litres d’une eau salée qui monte au moins jusqu’au bord des narines et le tuba fonctionne mieux quand l’extrémité libre est dans l’air… Accessoirement, on commence à regarder les petits poissons qui s’ébattent joyeusement juste sous nos palmes.

Et puis la gentille monitrice attentionnée s’approche avec un scaphandre et un charmant sourire.


Vu d’en dessous, la future baptisée a l’aisance d’une tortue sur le dos, mais c’est normal :D


Quelques rappels de consignes entendues au moment du briefing du baptême et c’est parti pour l’immersion.


Tout est OK. Le couple de plongeuses glisse jusqu’au-dessus de la faille. Observez au passage la fluidité du palmage d’Alex utilisant au mieux les 2 phases de propulsion de ses jolies palmes ;-)


Une dernière pause parmi les castagnoles et je les laisse poursuivre leur vol au milieu des poissons.


De retour sur la terre ferme, la jeune fille a bien entendu reçu un diplôme signé par le maître des lieux mais qui lui a été remis en mains propres par Ramoucho qui ne la quitte pas d’une semelle de tong (et qui a toujours le bout du nez rouge : mais comment fait-il ???).


Est-ce le début d’une longue histoire de palmipède curieux de découvrir un univers inconnu, étonnant et qui couvre quand même environ 72% de la surface de notre planète (bientôt plus avec le réchauffement climatique) ? Passer sa vie sans aller voir comment ça se passe en dessous de la surface, c’est comme ne voir qu’un côté des choses…

Pour terminer, 2 remarques :

1- Avez-vous noté que c’est à Alex, la seule monitrice du club en ce mois d’août, que Ramoucho a confié sa… Euh… La jeune plongeuse ? :D La confiance règne au sein de l’équipe !!! :-p ;-)

2- A votre avis, de Ramoucho et son sourire de p’tit gars mal rasé ou de la jeune fille qui a ce regard, qui est le chasseur et qui est la proie ?... :D

Par Homo palmus - Publié dans : vie du club
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Samedi 16 août 2008 6 16 /08 /Août /2008 18:15

Le soir tombe doucement sur Port Argelès. L’éclairage public s’allume le long des pontons.

Sur les terrasses alentour, les vacanciers dînent au bruit d’un accordéon un peu trop criard à mon goût. Sylvain et Sandrine (encore en pleine forme ;-)) sont seuls dans la véranda : tout semble calme au club.

Pourtant, côté vestiaire, ça s’active ! les visiteurs du soir se préparent pour une plongée de nuit.


Un quart d’heure plus tard, ils sont presque tous prêts pour le départ.


En quelques minutes, nous sommes à la moulade, sous une lune timide qui joue à cache-cache avec les nuages. La mer est d’huile et les lumières de Collioure s’y reflètent. Après un petit rappel des consignes spécifiques, chacun se glisse dans l’eau à 22°C. Un rapide coup d’œil au plancton phosphorescent et nous nous immergeons pile à la cassure de la faille.

Les premières habitantes que je recherche sont les petites cigales aux yeux cuivrés. Sciaphiles, il n’est pas très facile de les voir le jour au fond des trous. La nuit, elles sortent et se regroupent sur les parois rocheuses.


A la sortie de la faille, nous croisons un petit congre en balade. Farouche, agile et rapide, nous le suivons quelques instants jusqu’à ce qu’il me passe en dessous et file entre les gorgones au-delà de nos halos lumineux.


Nous visitons la faille des corbs, sans les corbs… Plus de murène ni de mostelle non plus. Sont-ils partis chasser ? Sur les parois, encore des petites cigales accompagnées d’autres minuscules crustacés.


En quittant la faille des corbs, nous croisons un sar, endormi, parasité par 2 anilocres.


Nous gagnons ensuite le coralligène. Apparemment nous dérangeons bien involontairement une murène qui tentera de nous intimider en ouvrant la gueule à s’en décrocher la mâchoire (qui est assez étonnante chez elle).


De retour sur le fond rocheux, un petit chapon immobile laisse penser que pour lui, jour ou nuit, la vie reste tranquille.


Je suis toujours étonné de constater l’état de demi-sommeil des poissons. On pourrait presque leur gratouiller les nageoires alors que le jour, même en étant rusé et habile, c’est nettement plus difficile. Ils sont dans cet état qui les fait s’écarter au dernier moment pour s’arrêter juste un peu plus loin, sans vraiment fuir. La distance minimale de déclenchement de la fuite est extrêmement réduite par rapport à celle de jour. Voici comme exemple un poisson qui garde bien ses distances en journée : le sar tambour.


En regagnant le bateau, le faisceau de mon phare découvre un poulpe qui  va chercher à rester à la limite de la lumière de nos lampes. Je pense que nous le perturbons car il a du mal à trouver une coloration de camouflage dans cette ambiance entre nuit et jour. Tout y passe, du blanc-vert au marron, avec toute une gamme de beiges et de bruns.


Laissons-le tranquille et remontons. La mer est toujours aussi calme. Au loin, un feu d’artifice ajoute des notes colorées au-dessus d’Argelès plage…


Prédédentes plongées de nuit :

Le jeudi, c’est plongée de nuit !

6 juin : plongée de nuit

1ère plongée de nuit de la saison

 

Par Homo palmus - Publié dans : plongée de nuit
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Mardi 12 août 2008 2 12 /08 /Août /2008 18:20

Encore une fin de journée chargée d’émotion au club ce dimanche. Patrice Strazzera (link) nous a rendu visite. Il n’est pas venu les mains vides. Ce photographe passionné d’épaves partage depuis de nombreuses années ses clichés avec la communauté des plongeurs dans nombre de livres et d’articles de revues spécialisées. Il était très attendu par Ramoucho qui n’affichait pourtant pas trop son impatience, l’esprit naviguant peut-être encore en eaux un peu troublées par une jeune fille aux cheveux longs… Bref, il a été gâté par Patrice qui lui a non seulement dédicacé son album Le sommeil des épaves : les Mémoires, mais également offert un tirage d’une photo du Bananier, épave fétiche de notre jeune N4.

Inutile de vous dire que le livre et la photo ont fait l’objet de la plus sévère surveillance jusqu’à ce qu’il les emporte. Car il n’est pas rentré immédiatement, la journée n’étant pas terminée. Il restait au programme un palier de surface à effectuer…

Ce même jour, Thomas, autre jeune plongeur de l’équipe Antarès, qui a pris la place de Ramoucho (monté en grade récemment, voir Ramoucho a pris du galon ! ) au gonflage, fêtait ses 17 ans.


Pour marquer le coup, il a reçu un petit cadeau surprise de la part de l’équipe.


Il a manifestement été touché par cette délicate attention et nous avons pu constater que l’exemplaire dédicacé du Sommeil des épaves lui a fait plaisir.


Quelques heures plus tôt, Patrice nous avait dit : « je prends soin de la nouvelle génération ! » Que ceux qui rêvent aujourd’hui devant les photos de l’équipe du Sommeil des Epaves prennent une voie semblable et soient à leur tour des créateurs de rêves…

Retrouvez le récit d’une précédente visite de l’équipe du Sommeil des Epaves :
  A l’heure du thé…
Par Homo palmus - Publié dans : vie du club
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Jeudi 7 août 2008 4 07 /08 /Août /2008 02:41
J’ai plongé en contrebas de la maison aux volets bleus. Ils appellent ce site le cap Gros alors que ce n’est ni un cap, ni un roc, que dis-je ! Ni une péninsule… L’eau était claire et la thermocline ne se faisait même pas sentir sur le coralligène près des 20 m. Ce site est assez riche quelle que soit la profondeur et il y a notamment une grande concentration de poulpes de toutes tailles. D’ailleurs, les pêcheurs le savent et ils viennent en nombre abandonner dans le fond leurs planchettes à 2 hameçons et leurs lignes plombées accrochées aux gorgones… :@
A un moment, j’ai aperçu un petit poulpe recroquevillé dans une faille. Je me suis approché et je n’ai pas vu immédiatement ce qui se passait.


En regardant de plus près, j’ai vu que le poulpe se faisait pincer la peau juste a côté de l’œil par un minuscule habitant de la faille.


Même pas peur le petit crustacé !

Je continue et juste de l’autre côté de la roche, j’observe une scène insolite. Un poulpe de belle taille est harcelé par un castagnole vif, habile et agressif. Il faut observer le ballet du poisson, sa rapidité et sa cible. Le poulpe, quant à lui, semble ne pas être capable de se débarrasser de l’assaillant.



Sale journée pour les poulpes du cap Gros…

J'avais déjà parlé de ces mollusques étonnants : Le poulpe : de l’abominable pieuvre au mollusque étonnant.
Par Homo palmus - Publié dans : carte postale
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