La Moulade est vraiment un site intéressant qui peut être visité de nombreuses fois durant des années et qui pourtant peut toujours réserver de bonnes surprises. C’est aussi un site multi-niveaux accessible à tous. Alors, quand la surprise a le bon goût de rester dans 4 à 6 m d’eau, c’est encore mieux car même les baptêmes peuvent en profiter.
Quelques hippocampes ont élu domicile au bord de la grande faille et ils ont très peu bougé durant quelques semaines. Ce qui ne veut pas dire qu’il était pour autant facile de les trouver du premier coup d’œil au passage avec un baptême. Leur mimétisme est très bon tant qu’il n’y a pas d’éclairage artificiel pour les démasquer.
J’ai déjà parlé de ces poissons particuliers (voir Hippocampe ) au charme indéniable et à la survie précaire le long de nos côtes malgré leur protection.
L’identification spécifique des individus repose sur des critères morphologiques vagues, sujets à variations importantes, ne la rendant pas forcément aisée in situ. Par exemple, il faut mesurer le rapport entre la hauteur et la longueur du museau. Mais qui dit où commence le museau et où la hauteur doit être prise, sachant que le museau n’est pas un simple cylindre régulier ? Que dire de critères comme « filaments dermiques souvent présents » ou « corps habituellement moucheté », « la tête fait un angle de 90° avec le corps » (elle ne bouge pas ?).
C’est sur ces critères, notamment, que l’on doit pouvoir différencier un Hippocampus guttulatus d’un Hippocampus hippocampus qui, lui, n’a « habituellement » pas de filaments dermiques ni de mouchetures et surtout, un rapport longueur/hauteur du tube buccal plus petit (2,5 fois au lieu de 3 à 4 fois). Et la délinéation des espèces varie selon les sources documentaires. Pas très rigoureux tout ça…
Je vous laisse donc faire un petit exercice : promenez-vous sur les sites documentaires, regardez les photos et vérifiez que les critères sont bien respectés… Ensuite, regardez ceux de la Moulade et faites votre propre identification. Car le problème vient quand on a des individus au rapport buccal en faveur de H. guttulatus mais sans vraiment de mouchetures partout sur le corps, ni longs filaments dermiques, une petite crête sur la tête et un patron à marbrures épaisses.
On pourrait penser aussi à une autre espèce, H. ramulosus, qui n’est pas valide pour tout le monde ! Mais que fait la biologie moléculaire ??? Certes, la biologie moléculaire est de peu d’intérêt pour le plongeur en immersion. En bref, à moins d’un individu au museau très court, pas facile pour le plongeur de base de savoir ce qu’il observe… Prenez des photos !
Difficile de tout faire rentrer dans des cases de manière à ce que ce soit fonctionnel, c’est-à-dire utilisable. J’ai toujours gardé en mémoire la pensée d’une grenouille de BD disant « la peste soit de ces savants naturalistes qui vous nomment une espèce sans lui demander son avis ». J’ai de la chance, jusqu’à présent, aucune de celles que j’ai décrites ne s’est plainte. Mais pour les hippocampes, je ne m’avancerai pas plus loin. Je laisse le soin aux savants naturalistes spécialistes de préciser et de rendre utilisable leurs observations. En attendant, cela n’empêche pas de regarder ces poissons vraiment pas comme les autres.

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