Le château écroulé est dégagé, mais les cales sont légèrement dans la brume : le long mât de charge est tout de même visible sur sa longueur. Alors que nous gagnons la poupe, un banc de sars
tambours nous croise. Je ne peux m’empêcher de penser à cette photo de Patrice Strazzera link… Toute la poupe est claire. Sous sa courbe concave,
l’énorme hélice est toujours en place.
Les sars tambours croisent sur tribord tandis que les dentis chassent à la proue. Les loups tournent au-dessus des cales avant. Dans la cuisine, un congre sort la tête des fourneaux et les
anthias circulent autour du four béant. Sur le Saumur, la vie s’organise.
A 20 m, la thermocline nous saisit. La température baisse de 7°C en un instant. La visibilité se réduit aussi. L’Astrée ne se dévoile que sur quelques mètres, au fur et à mesure de la
progression. Les coursives du château, très ajourées, abritent des nuées d’anthias. Descendant sur le pont arrière, nous accédons à l’entrée de la salle des machines. Malgré nos phares, une
épaisse obscurité règne à l’intérieur…
Dans le bleu-vert laiteux, nous glissons au-dessus du pont arrière du Bananier. Nous profitons de la vue du canon dressé presque à la verticale. Je pivote pour retourner vers le château alors
qu’une apparition me frôle sur ma gauche. Elle oblique devant nous, tourne et repart dans le bleu sombre, rencontre furtive pleine de grâce…
Les épaves ont-elles une âme ? Si c’est le cas, le Bananier est peut-être pudique, ou taquin, ou les deux… Comme ses voisines du cap Béar, on ne sait jamais sous quel aspect il va s’offrir à
notre regard. Cette fois, il se dévoile en partie, ne montrant que certains de ses atours, comme ce canon bâbord avant dont la tourelle retient un filet. Les parties les plus intimes de l’épave
demeurent masquées par un brouillard de gaze mouvante. Inutile de nous y enfoncer, l’ambiance fantomatique qu’il nous offre dans son survol est magique.
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